12/04/2008

600ème jour au Paradis...

Samedi…

chauve © PERAL


J’en appelle à mes amis chauves, handicapés du follicule, sinistrés du cheveu, martyrs du cuir chevelu et victimes de l’alopécie.  Chauvons ce qui peut être chauvé, défilons le front (dégarni) haut et ne coupons pas les cheveux en quatre : nous sommes les mal-aimés d’une population à forte connotation chevelue.  Frisés, épais, fournis, crépus ou ondulés, ces privilégiés du système pileux nous narguent, du haut de leur toison d’or, d’ébène, de neige ou rubiconde.

La chance s'attrape par les cheveux, mais elle est chauve.  Il n’y a pas de miracle, notre souci à nous, les dégarnis du bulbe, c’est que nous devrions prendre le problème à la racine et là, franchement, dans notre cas, ça craint !  Le fait d’être jeune et chauve n’a jamais été un gage de qualité et qui est chauve possède un facteur de séduction proche du zéro absolu.  Vous avez déjà trouvé séduisante une chauve-souris, vous ?  Et pourtant elle nous ressemble tant, cette petite, avec son crâne dégarni et tous ses poils un peu partout.  

Heureux les chauves, qui sont les seuls à ne plus perdre leurs cheveux.  Le charme discret de la calvitie n’est malheureusement goûté que par un petit nombre d’amateurs, tous chauves, hélas !  Tout ce qui brille n’est pas or, et encore moins quand il s’agit d’un crâne.  Mais combien noble est un front dégarni, combien d’idées brillantes sont sorties plus rapidement de têtes bien chauves que de toisons drues, épaisses, véritables barrières inextricables aux pensées cohérentes et complexes.  Compréhensif et joyeusement obstiné, le chauve est le défenseur acharné du tif rebelle, du poil récalcitrant et de l’implantation basse.

Un homme chauve devrait être fier de sa différence : finies les coiffures compliquées, les épis subversifs ou les pellicules taille nénuphar.  La caboche au vent, le caillou naturiste, rien n’est plus vivant qu’une tête dégarnie qui se sent bien dans sa tête.  Oui, nous sommes une minorité qui se majorise de plus en plus mais nos mérites sont encore loin d’être vraiment reconnus : si un homme chauve et riche a de fortes chances de séduire financièrement une belle, le déplumé de base devra compter sur son humour, quelques prières et un poil…de chance.

Pour cet hymne à la calvitie, je ne remercie pas ces femmes ‘qui le valent bien’, je maudis ces litres de pétrole gaspillés en massages crâniens, j’exècre ces shampoings qui vous rendent le cheveu souple et beau à la fois et je fustige toute cette satanée publicité qui fait des chevelus les dieux de cet univers.  Nous, les pelés, nous les déplumés, nous devrions nous enorgueillir de nos zones clairsemées mais on fait tout pour nous mettre au ban de la société, pour nous railler et nous montrer du doigt.  Nous passons à un cheveu du ridicule et nos têtes chenues rasent les murs.  Avons-nous mérité cet ostracisme ?

J’en appelle à mes amis chauves, privés de la joie des frisettes, bouclettes, mises en pli et autres balayages.  Ne baissez jamais la tête : primo, on verrait vos zones de déforestation capillaire et secundo, cela serait une marque de servilité face aux crinières de tout poil.  Chauve qui peut, voilà ce qui devrait être notre slogan.

A demain, les Mortels !

Commentaires

Vous avez bien raison de voir le bon côté de la calvitie. L'entretien des cheveux est très compliqué et prend beaucoup de temps aussi. Je pense que l'on devrait aimer ce que l'on a, puisqu'on a peu de chances d'avoir autre chose.

Écrit par : Brigitte | 30/01/2015

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