29/06/2008

678ème jour au Paradis...

Dimanche…



malheurs_des_uns


En accédant à un niveau de conscience qu’aucun autre être vivant n’était parvenu à atteindre avant elle, l’espèce humaine a découvert tout un nouvel univers d’expériences inédites, aussi bizarres que différentes.  Indifféremment agréables ou saumâtres, elles ont sculpté à gros coups de burin la physionomie et la physiologie humaines.  Dessinant un portrait grossier mais assez ressemblant des Mortels.

La vie des humains est déjà tellement compliquée, avec ses aléas et ses méandres tordus, que s’intéresser aux problèmes de son voisin tient plus du bénévolat social que de la simple sympathie envers son voisin.  Si l’indifférence est le commencement de l’échec, alors les sociétés modernes sont en train d’échouer sur toute la ligne.  Au Paradis, nous cultivons les rapports de bon voisinage, qui font l’atmosphère sereine et les relations agréables.  Tant d’Anges obligés,
par la force des choses, à une cohabitation forcée n’est pas une chose facile à gérer, surtout si chacun venait à cultiver égoïstement son propre petit carré d’intimité et de secrets de famille et faisait fi de l’existence du nuage attenant au sien.  Nos voisins sont nos amis, leur nuage est notre ami et leur existence côtoie la nôtre.  Quoi de plus naturel que d’être amis, en somme ?

Les mortels d’un pays déterminé n’aiment pas trop entendre parler des malheurs des autres nations : ils gèrent moyennement bien les leurs et s’ils mettent volontiers la main au portefeuille pour des causes qu’ils jugent justes et importantes, parce que proches de leur sensibilité, c’est avec un intérêt poli mais mitigé qu’ils se pencheront sur les problèmes des pays voisins.  Tout ce qui se passe loin de leur sphère de vie géographique et familiale leur est parfaitement indifférent : ce qui ne les affecte pas ne peut pas les bouleverser.  Mais nous, Anges de miséricorde, nous ne pouvons rester sourds aux lamentations qui montent de tous ces pays désolés par les guerres, les famines, les séismes, les incendies, les inondations et tous ces cataclysmes qu’enfante une planète, malade de ses habitants.

Je n’en veux pour preuve que la Grèce, un pays qui a connu un lot inimaginable de catastrophes naturelles ces derniers mois.  Et franchement, qui s’en soucie, à part les Grecs eux-mêmes ?  Des inondations de novembre dernier au séisme de janvier, considéré comme une véritable tempête sismique, en passant par des incendies en cascade, voilà bien une nation qui passe actuellement son temps à panser toute seule ses blessures géographiques, en priant qu’une autre série de malheurs ne lui tombe pas dessus.  Et si partout ailleurs dans le monde, on patauge, on se noie, on grille, on meurt, on perd famille, maison et biens, tout cela se produit dans une parfaite impassibilité.  La multiplication des chaos terrestres en serait-elle l’origine ?  Y aurait-il une banalisation des désastres naturels ?

L’Etre Humain moyen de bonne volonté n’hésitera pas un instant à venir régulièrement au secours des peuples sinistrés. Malheureusement, leur liste s’allonge tellement vite qu’il n’aura bientôt plus assez d’argent pour les aider tous.  Aides-toi, le Ciel t’aidera.  Mais le Ciel n’est plus très chaud pour faire crédit à une race qui pourrit elle-même sa propre météo.  Aucune pétition au monde ne viendra à bout du désintérêt général qui gagne les populations occidentales.  Et dans une société fondamentalement égoïste, s’intéresser aux autres devient un job à plein temps que beaucoup refusent.  Sans compter la recherche volontaire de solitude de certaines Unités Carbones du 21ème siècle, qui les coupe de toute aide extérieure ; et l’éloignement géographique, la différence de culture et le soin de leurs propres intérêts personnels, qui privent les Humains de toute rédemption.  A quoi bon, après tout ?  Leur Paradis n’est-il pas sur Terre, ma bonne dame, mon bon monsieur  ?

A bientôt, les Mortels !

26/06/2008

675ème jour (bis) au Paradis...

Jeudi (bis)...

slowpokerodriguez


Mon Blog risque désormais de devenir chaotique dans sa périodicité, désordonné dans sa conception et inconséquent dans sa parution.  La faute à un désamour d'une partie de mon lectorat et à une fatigue éditoriale de ma part.  Afin de reposer mon usine à idées, je vais volontairement ralentir ma vitesse de production, de peur de perdre cette motivation qui me pousse à me sublimer pour mes lecteurs. 

J'explore ainsi de nouveaux domaines, je tente de nouvelles expériences, je survole des territoires qui, jusqu'à présent, m'étaient inconnus.  Je m'éveille à une nouvelle existence qui ne tournerait plus exclusivement autour de mon blog. 

Les humains disent volontiers que la vie est trop courte pour ne pas être vécue de manière intensive.  Mon éternité est trop longue pour ne pas être vécue de façon différente.  Le repos et la diversité des choix qui se proposent à moi ne peuvent qu'être salutaires à ma façon d'écrire.

Je préfère de beaux articles bien construits à des écrits qui sentent la redondance et le surgelé.  Je risque fort de perdre une certaine 'clientèle' mais les fidèles me suivront, du moins je l'espère.  Au hasard de mes visites à mes frères et à mes soeurs prosateurs et poètes, j'ai remarqué trop souvent que c'étaient surtout les littéraires qui parlaient aux littéraires.  Réfléchir semble être devenu un luxe intellectuel , en ces périodes de restrictions neuronales. 

J'en appelle donc à tous les lecteurs, petits et grands, jeunes et vieux, hommes ou femmes, cultivés comme cultivateurs pour encourager ces blogs qui veulent ne pas vous faire lire idiot.

 A bientôt, les Mortels !

18:35 Écrit par Damabiah dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : ralentissement, repos, damabiah, humour |  Facebook |

25/06/2008

675ème jour au Paradis...

Jeudi…

mobilehome


Ne vous étonnez pas du jour indiqué mais même au Paradis on est overbooké...Donc, j'ai anticipé demain.  Le Ciel peut attendre et les lecteurs être cléments avec mon humble personne.

Les jours rallongent, le soleil se fait généreux et un parfum enivrant de liberté vient titiller les narines frémissantes.  ‘Ils’ se préparent fébrilement à la grande transhumance annuelle.  ‘Ils’ soignent amoureusement monture et équipement, pour que le jour venu, ‘ils’ soient les plus beaux, les mieux équipés et les plus rapides au départ.  ‘Ils’, ce sont les Nouveaux Nomades, qu’au Paradis nous appelons ironiquement les ‘nonos’.  Une nouvelle race d’humains qui nous fait bien rigoler.

Ces nonos tractent derrière eux un ersatz de maison de plastique, de métal, de métaux composites ou même de bois.  Si, autrefois, le nomade aguerri traînait biens et famille au hasard de ses pérégrinations saisonnières, faisant fi du confort, de la vitesse et de la sécurité, il ne profitait également que de la protection précaire et spartiate de huttes et de tentes montées à la va-vite.  Les Nouveaux Nomades, eux, ne jurent que par le luxe des mobiles homes, des camping cars ou des caravanes, richement dotés en matériel dernier-cri.   Comme jamais auparavant, le terme emporter sa maison avec soi n’a pris autant de sens.

De la cuisine équipée au living confortable, des chambres spacieuses aux commodités douillettes, le nono n’a négligé aucun détail, il n’a pas regardé à la dépense pour offrir à sa petite famille un voyage aussi peu traumatisant que possible, dans un environnement qu’il pense un rien saltimbanque.  Elle est bien révolue, l’époque héroïque des voyages en voiture poussive tirant une minuscule caravane où devait s’entasser péniblement toute une famille.  Elle était quand même bien sympathique, cette période où on s’arrêtait fréquemment pour découvrir des petits coins typiques qui cachaient mille et un secrets, du merveilleux petit restaurant gastronomique pas cher à la petite plage sauvage, ignorée de tous.  

Aujourd’hui, les nonos allument leur GPS, entrent leur destination, programment les pauses de repos et démarrent aussitôt.  But avoué : rejoindre leur lieu de villégiature le plus rapidement possible.  On ne sait jamais, le soleil aurait peut-être décidé d’arrêter de se lever pendant quelques semaines.  Qui sait ?  Les Nouveaux Nomades me font rire, quand ils parlent de partir à l’aventure.  Où est l’aventure, quand une voix chaude et sensuelle vous indique les bons endroits où bien manger ou les curiosités à visiter, en vous invitant à choisir pour vous le meilleur itinéraire ?

Le grand poète Omar Khayyâm a dit un jour que la vie passe, rapide caravane !  Arrête ta monture et cherche à être heureux.  Les nonos n’ont pas le temps pour le bonheur : le temps, c’est de l’argent.  Et au prix des emplacements, autant arriver le premier pour choisir le meilleur.  Leur sens aiguisé du nomadisme les pousse à quitter une position fixe pour en occuper une autre, le plus rapidement possible.  Leurs ancêtres doivent s’arracher les cheveux !  Eux qui avaient tant de peine à faire jaillir une étincelle pour allumer une simple braise regardent leurs descendants allumer adroitement le barbecue.  Eux qui connaissaient mille morts afin de ramener de la nourriture au clan observent leur lointaine progéniture prendre la voiture pour aller faire ses courses au supermarché du coin.  Oui, la culture du nomadisme a vraiment changé !

Mais il demeure des puristes, des défenseurs du nomadisme ancestral : en roulotte, en péniche, ou même à pieds, ils rendent hommage à leurs illustres prédécesseurs.  Grâce leur soit rendue !  

A bientôt, les Mortels !

17/06/2008

666me jour au Paradis...

Mardi…

epuisement


Je n’en puis plus : je suis constamment fatigué, j’ai le moral dans les chaussettes, ma reprise de boulot est un calvaire, je déprime, la motivation m’abandonne et par-dessus le marché, je ‘fête’ mon 666ème jour au Paradis.  666 ?  Chiffre du Diable.  J’ai beau ne pas être superstitieux, savoir que toute connotation religieuse a été balayée de Paradis, ce chiffre me hérisse quand même le poil.  Serait-il à l’origine de ma détresse actuelle ?  

Dans ces conditions, il faut que je fasse un break salutaire, que je pense à autre chose et que je à profit ce repos que je m’octroie pour faire d’autres choses.  Il n’est point question d’abandon de poste : il faut que je me ressource, tout simplement.  Et pour commencer mon congé sabbatique (bon dieu, le diable contrôle-t-il mon vocabulaire ?), je vous offre de la zique venue en ligne droite des Iles.  Et une vidéo pleine de charme, de soleil et de bonheur, originaire de mon île préférée, Maurice.  Mo content toi, mon lagon bleu.

A bientôt, les Mortels !

18:03 Écrit par Damabiah dans Vie quotidienne | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : epuisement, break, repos, conge, damabiah, fatigue |  Facebook |

16/06/2008

665me jour au Paradis...

Lundi…

péché02


Sept…sept péchés capitaux et je termine déjà leur énumération par celui que je déteste le plus, car il montre bien jusqu’à quelle bassesse est parvenue l’espèce humaine.  J’exècre l’envie, en tant que tentation perverse, ce vice contraire à tout amour, cette abomination qui fait mourir…d’envie.

L’envie est née du premier gibier tué par Homo Sapiens, de la première femme qu’il a traîné en triomphe devant tout le clan réuni, de la première étincelle de feu qu’il a produite.  Son voisin, toujours en retard d’une guerre, ne pouvait supporter l’idée de ne pas avoir ce que l’autre possédait.  Et de fil en aiguille, d’or en dollars, de javelot en missile nucléaire, la convoitise a solidement et durablement enveloppé les Etres Humains d’un épais manteau.  Car peuvent passer la gourmandise, la luxure ou la paresse, l'envie est de toutes les passions humaines la plus constante.

De nos jours, l’envie se nourrit, entre autres, des refus essuyés.  L’enfant n’aura jamais plus envie d’un jouet que si celui-ci lui est refusé.  L’adulte n’aura que plus envie de ce qu’il sait ne pas pouvoir s’offrir.  Mais les Unités Carbones doivent tout d’abord apprendre à porter une solide cuirasse : elles ont deux choses à craindre : l'envie des amis et la haine des ennemis.  Parce que l'envie ronge les envieux comme la rouille ronge le fer. Bouddha, dans son infinie sagesse a dit ces mots : ‘celui qui a écarté la convoitise, la haine et la sottise, ressemble à un miroir frotté’.  

Mais quand l’envie devient goût, quand la jalousie devient appétence et quand la convoitise devient inclination, des horizons nouveaux s’ouvrent aux Humains.  Tout n’est pas négatif, dans l’envie de bien faire, dans l’envie de plaire, dans l’envie de donner envie d’avoir envie. Toutes ces autres facettes d’un même terme poussent à la sublimation, à l’envie de se surpasser.  Sans qu’une once de caprice ou de tentation ne vienne entacher ce désir, somme toute utile.  Mais le côté obscur du péché est bien trop tentant, et des prémices d’une vertu cardinale, les Mortels auront tôt fait une perversion.  Ainsi va la nature humaine.

Un écrivain antique dont le nom m’échappe a dit un jour que l'envie, c'est la douleur de voir autrui posséder ce que nous désirons ; la jalousie, de le voir posséder ce que nous possédons.  Aucun être humain ne semble capable de pouvoir se contenter de ce qu’il a et d’être content qu’un autre que lui aie la même chose.  Ce qui est à moi ne sera jamais à toi, ce qui est à toi devrait nécessairement aussi être à moi.  Philosophie de comptoir et preuve manifeste de l’égocentrisme forcené de la race humaine.  Je ne suis même pas propriétaire de mon nuage et je me moque comme d’une guigne que celui de mon voisin soit plus gros que le mien.  J’ai un lieu où poser mes fesses, un toit pour abriter mon auréole et une compagne pour consoler mes tourments.  Je suis l’Ange le plus chanceux du Ciel et cela me suffit.  Alors, pourquoi ne pas accepter et respecter le bien d’autrui, alors que l’on est encore vivant ?  Cela me dépasse.

L'envie est un vice mesquin, sordide, le vice du forçat qui boude parce que son compagnon de captivité a reçu une plus forte ration de soupe. Même si des choses immondes y flottent.  Plus je regarde les Humains envier leur prochain et plus j’ai envie de leur flanquer des baffes.  Je me retiens mais ce ne n’est pas l’envie que m’en manque !

A demain, les Mortels !

19:21 Écrit par Damabiah dans Vie quotidienne | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : envie, desir, damabiah, pensees, jalousie |  Facebook |

15/06/2008

664ème jour au Paradis...

Dimanche…

péché06


Voici venir un péché capital qui divise l’humanité depuis la nuit des temps.  Pour les uns, il est précaution ; pour les autres, il est égoïsme.  L’avarice ne laisse personne indifférent, à l’exception des avares eux-mêmes.

Seul péché mortel à pouvoir se combiner à un autre, la paresse, l’avarice est dangereuse parce que contagieuse.  Elle est le pire défaut qui existe : si on compte ses sous, on compte aussi ses sentiments.  Et chez les avaricieux, il y a une forme de mégalomanie qui touche au divin.  Les avares amassent comme s'ils devaient vivre toujours ; les prodigues dissipent comme s'ils allaient mourir.  Pourquoi cet égoïsme effréné alors que l’Humain sait qu’il ne durera pas et que ses richesses s’évanouiront avec lui ou passeront dans d’autres poches ?  Les psychanalystes se frottent déjà les mains devant de si beaux cas cliniques.

Un avare ne possède pas son bien, mais son bien le possède. D’Harpagon à Oncle Picsou, les figures emblématiques de l’avarice ont démontré à suffisance que l’argent ne fait pas le bonheur.  Mais de nos jours, il y contribue pour une part non négligeable.  Alors, protéger ses intérêts, thésauriser ses avoirs et empêcher les dépenses inutiles, est-ce un péché ?  Au vu de la dégringolade du pouvoir d’achat mortel, les économies à faire se teintent d’avarice.  Mais intelligente, contrôlée et limitée.  Désormais, ceux qui ont un petit pécule, de l’argent de côté ou un bien précieux quelconque, veillent jalousement sur leur trésor.  Non pas par prodigalité mais par précaution.  De nos jours, un sou est un sou et les Ephémères ne savent jamais à l’avance de quoi demain sera fait.

Il est des avarices qui ont forme de qualité indéniable.  Celui qui est avare de ses propos n’est pas nécessairement un misanthrope mais sait qu’un mot de trop peut avoir de graves conséquences.  Celui qui est avare de ses gestes a compris que l’intensité d’un regard peut frapper aussi violemment qu’un uppercut.  Et celui qui marie l’économie du geste et de la parole a, peut-être, trouvé une forme personnelle de sagesse.  De fait, le temps est la seule richesse dont on puisse être avare sans déshonneur.  Car les avares de l’amour sont plus des victimes que des coupables : comment offrir à quelqu’un quelque chose dont on ignore tout soi-même ?  L’avarice affective est la seule forme de ladrerie qui puisse faire mal physiquement.

L’avare apparaît souvent sous les traits d’un vieux bonhomme miteux, assis devant un tas de pièces d’or qu’il caresse et compte avec amour ; l’avare ne donne pas, il prête ; l’avare est un imbécile qui se laisse mourir de faim pour garder de quoi vivre.  Autant d’images d’Epinal que véhicule cette mesquinerie ancestrale.  Mais les choses changent, évoluent et aujourd’hui, ce sont surtout les enfants qui voient leurs parents comme les vivants symboles de l’avarice.  Comment comprendraient-ils que papa-maman n’ont pas les moyens de leur offrir le vêtement, le lecteur mp4 ou la dernière babiole technologique à la mode qu’ils désirent par-dessus tout ? 

Il est des parents qui ont élevé leur enfant dans la crainte du dieu argent, dans la propension à l’économie et dans le respect de la modération en tout.  Mais pour ces excellents éducateurs-formateurs, combien d’otages des caprices de leur marmaille ?  Combien de couples pour qui la fin du mois donne de vertigineuses sueurs froides ?  L’avarice d’aujourd’hui fera les économies de demain.

A demain, les Mortels !

14/06/2008

663ème jour au Paradis...

Samedi…

péché05


Je me suis toujours interrogé sur la place de l’orgueil comme péché capital, dans l’échiquier des fautes impardonnables.  Certes, la morale judéo-chrétienne voulait que le croyant soit paré de toutes les vertus cardinales, exempt de tout péché et potentiellement parfait.  Mais soit dit entre nous, n’est-ce pas faire preuve d’orgueil que de s’imaginer dans la peau d’un être moralement parfait ?  Que se cache-t-il derrière ce trait de caractère si particulier ? Est-ce un masque pour dissimuler aux autres notre véritable nature ? Ou pour nous mentir ?

Dans les degrés de l'orgueil, la curiosité revendique le premier, puisque nous trouvons en elle le commencement de tout péché.  Courteline a défini l’orgueil comme le besoin de briller et d'étonner le monde par des mérites que l'on n'a pas.  Je nuancerai ses propos en précisant que la neutralité des sentiments est préférable à toute manifestation, car il y a des excès en tout : si la modestie est unanimement louée mais trahit la valeur intrinsèque de celui qui fait preuve de réserve, a contrario, l’orgueil gonfle un peu trop d’importance son propriétaire.  Faire preuve d’humilité n’est pas une sinécure.  Pourquoi vouloir minimiser à tout prix ses qualités, alors qu’elles sont là, bien présentes, reconnues de tous.  L’orgueil amène le mépris, l’humilité crée l’indifférence.  Dans ces conditions, l’Etre Humain doit trouver un juste milieu difficile à atteindre.  Ses semblables dénonceront de la fatuité s’il affirme être ‘simplement bon’.  Et parfois ils ne le croiront pas quand il affirme ‘ce n’est rien, voyons !’

Les Mortels sont orgueilleux par nature, modestes par nécessité.  Mais attention : les orgueils blessés sont plus dangereux que les modesties lésées.  Encore une illustration parfaite de la complexité de la nature humaine : ne pas reconnaître les mérites que son orgueil clame est vécu comme une insulte à l’intelligence de l’individu.  En revanche, la modestie ne souffrira jamais d’un orgueil mal placé.  Humains, vous croyez que vous êtes modeste. Je ne vous savais pas si orgueilleux.  Henry James a décrit d’une façon remarquable cette dualité complexe chez ses semblables: ‘on est orgueilleux quand on a quelque chose à perdre, et humble quand on a quelque chose à gagner’.

Qu’en est-il de l’orgueil moderne ?  Est-il pareil à celui de ces écrivaillons qui se rêvaient Académiciens, à celui de ces rapins qui se voyaient passer à la postérité ou à celui de ces courtisans qui s’imaginaient déjà roi ?  Aussi curieux que cela puisse paraître, l’orgueil s’est fortement teinté d’humilité et il est, aujourd’hui, loin d’être déplacé.  L’humain est simplement orgueilleux devant son bébé, le plus beau du monde, à ses yeux ; orgueilleux d’avoir atteint les objectifs qu’il s’était fixés ; orgueilleux d’être encensé.  L’orgueil s’est fortement délayé en fierté.  Ce n’est pas plus mal !

Rivarol me disait encore récemment que les orgueilleux du temps jadis l’irritaient au plus haut point.  Pour lui, il y a quelque chose de plus haut que l'orgueil, et de plus noble que la vanité, c'est la modestie, et quelque chose de plus rare que la modestie, c'est la simplicité.  Et avec une grimace contrite, il ajoutait : ‘ce n’est pas vraiment simple de rester simple !  On a son orgueil, quand même !’

A demain, les Mortels !

13/06/2008

662ème jour au Paradis...

Vendredi…

post-it_mange_des_fleurs


Quand un blog flatte autant le regard que le palais, quand un blog invite autant à la balade, à la rêverie qu’à la gourmandise, il serait dommage –voire criminel- de le passer sous silence et de ne pas en faire mon Blog Epinglé du vendredi.  J’astique mon clavier, je fais briller les touches et je me lance.

Tout à commencé par un commentaire charmant d’une mystérieuse Digitale et un lien que je ne savais pas encore magique.  Car ce blog très original n’est pas qu’un hymne au retour à la nature et à ses valeurs saines et intemporelles. Mange des Fleurs ! est un hymne à l’anthophagie, intelligemment utilisée, car ce n’est pas parce qu’une fleur sent bon qu’elle est nécessairement comestible.  De la limonade de sureau à la confiture de nèfles, du sorbet de kiwis aux prunes confites au vinaigre, Digitale nous offre des recettes aussi originales qu’atypiques.  On en redemande.

Pour en revenir au titre gourmand de son Blog, Digitale a adopté une philosophie de vie plutôt qu’une politique de vie.  Je cite : cuisiner les plantes sauvages, les légumes méconnus, ne manger que des produits maison et de saison, c'est plus qu'un plaisir, c'est toute une philosophie. ICI, des recettes, des photos d’oiseaux, de plantes, d'insectes, de champignons...Fin de citation.  Le ton est donné, la scientifique en herbe(s) peut maintenant nous dévoiler tout ses talents.     

Digitale n’a pas un jardin, Digitale a un paradis.  Et comme notre botaniste distinguée manie l’objectif photographique avec maestria, cela nous donne un blog haut en couleurs, en senteurs et en surprises.  Quand je passe en revue les pages virtuelles de ce blog, j’ai la nostalgie de mon enfance mortelle, des arbres fruitiers que je ne reverrai plus fleurir, des tomates que je n’apercevrai plus rougir, des shows aériens que m’offraient hirondelles, libellules ou chardonnerets.  Je vois des instantanés de vie bucolique et j’envie notre naturaliste aux mains vertes, qui a de la magie entre ses doigts.

J’ai beaucoup apprécié son lent mais tenace processus pour maîtriser les arcanes de la création internet, son combat quotidien et ses monologues.  Elle devait être certainement plus à l’aise dans son potager, au-milieu de ses fleurs, de ses fruits et de ses légumes !  Mais comme tout artiste qui attrape le coup de main indispensable et qui domine son sujet, Digitale a fini par laisser parler sa créativité.  Digitale la râleuse de mauvaise foi a cédé la place à Digitale l’accomplie.  Le résultat est à la hauteur de ses espérances, du moins je l’espère !

Les Unités Carbones des villes vont férocement jalouser la Digitale des champs et de la campagne.  Chez elle, tout est calme, volupté et sérénité.  Plantes et animaux vivent parfaite harmonie avec les humains et ceux-ci entretiennent farouchement ce carré de paradis où il doit faire bon vivre.  Les photographies de Digitale sont des miracles de beauté et de couleurs et elle utilise les ressources de la macrophotographie avec un art consommé.  J’ai souvent raison de dire que la Blogosphère recèle de grands talents artistiques, trop modestes pour faire leur publicité.  Je suis là pour réparer ces injustices et je vous convie à assister à une fête sensuelle que vous offre gratuitement Digitale !  Chapeau l’artiste !

A demain, les Mortels !

12/06/2008

661ème jour au Paradis...

Jeudi…

péché04


Salut, les voleurs d’oxygène !  Moi, Dennys le Cynique, je me suis invité pour parler du péché capital suivant, parce qu’il m’interpelle : il s’agit de la luxure.  Péché diabolique pour des colonies d’Anges hypocrites ou péché divin pour des légions de Diablotins en goguette ?  Les paris sont ouverts mais m’est avis que bien des dames ont leur petite idée sur la question !

Si la luxure n’avait pas existé, je ne donnerais pas cher de la pérennité de la race humaine.  Quand on voit le nombre de migraines que des dames ressentent au moment de la Relation, la quantité invraisemblable de prétextes bidons qu’elles inventent pour se soustraire à l’acte, heureusement que Dame Luxure frappe les mâles de l’espèce !  La luxure, c’est le luxe d’être sûr d’avoir envie.  C’est un amour qui consiste à ne vouloir aucun bien à la personne aimée.  C’est la bestialité dans toute sa crudité.  Et alors ?  Les Mortels ne sont-ils pas des animaux, en somme ?  Le jour où l’homme a considéré qu’il était un cran au-dessus de l’animal, c’est quand la femme a commencé à se refuser à ses avances.

Dans les sociétés actuelles, la luxure ne se résume pas nécessairement à un calcul sommaire du style 1 + 1= 69.  La luxure est visuelle, télévisuelle, informatique et internaute.  Jamais les multimédias n’ont offert un tel bouillon de perversité pour faire le lit de la luxure.   Même moi, Dennys le Cynique, moi qui en ai vu des vertes et des pas mûres, moi qui ai exploré les méandres de l’âme malade des Unités Carbones, moi qui ai sondé les tréfonds des pensées obscures, je n’ai été autant éberlué par la montée en puissance de ce péché capital.  L’homme serait-il devenu un frustré sexuel ou un ogre de dépravation ?

La luxure n'égare pas les gens, les gens s'égarent eux-mêmes.  La presse et la télévision offrent à de tranquilles Ephémères la vision de tant de belles plantes aux formes appétissantes et aux courbes harmonieuses, qu’ils pensent sincèrement y avoir droit.  Si la luxure est le plus capiteux des pêchés capitaux, elle est aussi le plus perverti des pervers.  Tant qu’elle reste cérébrale, la luxure est un moindre mal, une maladie honteuse qui fait les dévoyés et les malsains.  Mais l’accomplissement pratique de pensées dépravées engendrent débauche, stupre et paillardise.

La vie sexuelle des humains a toujours été un tabou qui a joyeusement sauté avec la libéralisation des mœurs.  Aujourd’hui, la luxure se décline en revues et films pornographiques, en sex shops et sex toys.  De victimes de la luxure lubrique des hommes, les femmes sont devenues à leur tour lubriques et investissent allégrement les bastions historiques de la salacité masculine.  ‘Interdit d’interdire’, ‘mon corps m’appartient‘ et ‘mes pensées valent bien celles d’un homme’.  Elles ont voulu savoir ce qui se cachait derrière cette luxure qui frappait tous les mâles et quand elles l’ont découvert, elles y ont pris goût.  Ah, les coquines !

La luxure, pour quoi faire ?  Réveiller une sensualité endormie ? Améliorer une incontinence sentimentale ?  Non.  La luxure est bêtement humaine et elle sépare l’Homme de l’animal.  Mais elle n’est pas un cadeau, loin s’en faut !  Malgré tout, il existe un péché plus destructeur et plus enivrant que la luxure. C'est la passion du pouvoir.  

A demain, les Mortels !

11/06/2008

660ème jour au Paradis...

Mercredi…

péché01


S’il est bien un péché mortel que l’Etre Humain craint par-dessus tout, c’est bien la colère.  Seule des sept péchés qui nous fait trembler réellement pour notre vie, c’est une attitude si déplorable, si explosive, si basique et si humaine que depuis la nuit des temps, les Mortels l’ont aperçue partout, depuis la colère des éléments naturels jusqu’à la colère divine.  Ils ont tellement eu peur d’en être les victimes qu’ils l’ont définitivement étiquetée comme péché capital.

Autrefois, on parlait de saine colère, de colère démesurée, sombre, violente, noire ou absurde.  Elle a bien changé depuis et elle a acquis une connotation fort différente, de nos jours.  La colère est devenue une forme subtile de désespoir et d’impuissance.  Désormais, les individus se mettent aussi facilement en colère qu’ils changent de chaînes de télévision.  Tout est colère : un patron exigeant, des enfants infernaux, des automobilistes inconscients, des hommes politiques incompétents et un pouvoir d’achat en chute libre.  La colère est devenue exutoire verbal, à défaut d’être violence.  Heureusement, car si le hooliganisme gagnait monsieur-tout-le-monde, ce n’est plus une révolution que les sociétés actuelles connaîtraient mais bien un tsunami, un cataclysme, un Armageddon puissance 10.

La palette des colères s’est considérablement étoffée.  Déjà, dans l’Antiquité, Sénèque affirmait que l’homme en colère n’est pas irascible et que l’homme irascible peut ne pas être quelquefois en colère.  L’Unité Carbone moderne s’emporte plus qu’elle ne se fâche, monte sur ses grands chevaux plutôt que de se mettre en rage.  Les petits tracas quotidiens sont autant de facteurs déclencheurs de petites explosions de pétards vocaux et gestuels.  L’homme en colère est un spectacle à lui tout seul : il devient tout rouge, postillonne, vocifère, entame une pantomime que lui envierait le plus méditerranéen des méditerranéens.  Parce que la nature humaine est ainsi faite : pour éviter de rompre les vannes fragiles qui séparent la colère de la violence physique, la plupart des Ephémères préféreront la voix et geste comme soupape de sécurité.

Et ne croyez pas que nos compagnes soient en reste, loin de là : une femme en colère est un ouragan qui dévaste tout sur son passage, une virago prête à sortir ses griffes.  Au volant, une femme courroucée est souvent plus agressive qu’un homme : et sa mauvaise foi sera à l’aune de sa colère, froide et calculée.  Certains Anges voient débarquer ces Angelotes d’un genre nouveau, très éloigné de l’archétype de la femme soumise.  Désormais, elles soumettent plus qu’à leur tour.  Egalité des sexes, égalité des péchés capitaux.  C’est déjà ça…

Mais beaucoup de colères actuelles sont justifiées, et je les partage.  Comment rester insensible aux inégalités flagrantes que je vois sur Terre ?  Comment ne pas voir rouge, quand je découvre comment la Nature est mise à mal, quand je m’inquiète pour la précarité qui gagne les populations occidentales.  Ma colère se transforme en fureur quand je recense les guerres, les famines, la pauvreté et les collusions assassines, qu’elles soient politiques, économiques ou industrielles.  Et tout cela, au saint nom de la Productivité et de l’Enrichissement Personnel des Puissants.  Ô rage, ô désespoir, ô mort inutile !

A demain, les Mortels !

10/06/2008

659ème jour au Paradis...

Mardi…

péché07


Doux péché mortel que le péché de paresse.  Qu’est-ce que cela vous rapporte de vous tuer à la tâche, amis mortels ?  Le repos éternel. Travailler pour mieux se reposer, n’est-ce pas une ironie cruelle pour tous les stakhanovistes des heures supplémentaires et du boulot ramené à la maison ?  J’ai toujours été le chantre d’une méridienne organisée, le défenseur de la paresse salutaire et le porte-parole des fatigués héréditaires. 

Mais la paresse des temps modernes est devenue cette forme de malveillance hérétique qui ralentit la compétitivité des entreprises et qui freine le quota d’exportation, signes vitaux de la bonne santé de l’économie nationale.  La paresse n’est rien d’autre qu’un dégoût profond pour le travail, une fatigue permanente devant l’effort et la volonté affichée de freiner des quatre fers face à l’enjeu.  La société des loisirs a amoureusement couvé une génération de lampistes et d’inadaptés sociaux qui voient dans l’effort une atteinte à leurs libertés fondamentales.

Le travail pense, la paresse songe.  Elle songe à tout ce travail qu’elle s’évite et à tous ceux et celles qui le font à sa place.  Autrefois, on se permettait d’être paresseux après des années de durs labeurs mais aujourd’hui, les jeunes se permettent d’être paresseux avant d’avoir fait le moindre effort.  Pourquoi s’embarrasser de quoi que ce soit ?  Papa et maman veilleront au grain et dans le pire des cas, ils me trouveront eux-mêmes ce travail après lequel je ne cours pas.  Et si je comprends que le chômage soit un fléau cruel, certains chômeurs érigent en vertu cardinale le droit au dilettantisme et ils maudissent effrontément les contraintes du travail déclaré.

Curieusement, nous ne chômons pas, au Paradis.  La mort est le meilleur remède à toute forme de paresse.  Nous tourner les pouces ?  Impossible !  Parce que nous savons que l’Eternité, c’est long, nous avons besoin de travailler pour nous occuper l’esprit et pour oublier qu’avec des loisirs perpétuel, ce serait ennuyant à mourir !  Comment convaincre les Unités Carbones que si le travail n’est pas nécessairement la santé, il permet de payer les soins de santé qui leur permettent de rester en bonne santé ?  L’Ephémère moyen pensera : ‘quel genre d'homme vais-je décider d'être ?’.  A dix-neuf ans, c'est une question que l'on se pose. A trente-neuf, on dit : "si seulement le destin n'avait pas fait de moi l'homme que je suis".  Le travail prendra l’Humain par la main, la paresse le prendra par l’oreiller.

Qu’elle est loin, l’époque bénie où on pouvait vivre d’amour et d’eau fraiche, où le travail s’offrait à ceux qui voulaient bien le prendre et où sommeiller sous les frondaisons d’un arbre invitait à la méditation.  La société moderne a brisé cette image idyllique : Mortels, vous travaillez pour vous offrir amour et eau fraiche, vous devez courir après le boulot, celui-ci se dérobe plus qu’autre chose, vous pourrez dormir qu’une fois votre labeur accompli.  Et point de méditation : des pensées créatives, concrètes et des rêves où votre travail ne sera jamais vraiment bien loin.

Le paresseux moderne est un criminel, il appartient à une race honnie qui vit sur le compte des efforts des autres.  Carpe diem n’est plus qu’un lointain souvenir !

A demain, les Mortels !

09/06/2008

658ème jour au Paradis...

Lundi…

péché03


Au Paradis, vue imprenable sur le monde mortel, catastrophes et actes criminels assurés, spectacle garanti.  Derrière ce vernis de sarcasme de notre part, se cache un profond désespoir.  Nous espérions qu’une espèce capable de penser, capable des plus belles choses (comme des pires atrocités), serait à même d’évoluer en tenant compte de ses erreurs passées.  Loin s’en faut : la race humaine invente de nouvelles erreurs, de nouveaux égarements pour remplacer les anciens.  Il en va ainsi des sept péchés capitaux.  Oui, j’en ai déjà parlé dans des articles précédents mais ils ont subi un lifting qui les met plus en adéquation avec leur temps.  Cette semaine leur sera donc consacrée.  Accrochez-vous bien, ça va décoiffer.  Nous allons commencer par la gourmandise.

Soyons clair : être gourmand n’est plus vraiment un péché mais se goinfrer de tout et de n’importe quoi, là c’est un péché mortel !  Les jeunes humains, shootés à l’adrénaline, à la vitesse et au ‘tout, tout de suite’, ont adopté cette restauration rapide et bon marché qui fait les obèses et les consommateurs agueusiques.   Encore une influence néfaste de la toute puissante Amérique, où ‘time is money’.  Et où manger ne sert qu’à fournir du carburant pour relancer les mécaniques défaillantes.  Pour eux, la nourriture, la vraie, ne se déguste au restaurant et fort cher.

Rêver de gâteaux quand le seul fait d’en regarder un suffit à arrondir votre tour de taille, ce n’est pas de la gourmandise.  C’est fantasmer sur un petit extra que vous vous offrirez bien pour fêter votre ligne retrouvée ou que vous dégusterez en cachette, la honte au front et le rouge aux joues.  Vouloir ingurgiter des aliments riches en calorie, en cholestérol et en graisses diverses, voilà le péché de gourmandise moderne.   Dans une société faisant la chasse au moindre gramme superflu, le gourmand est montré du doigt, le gourmet honni.  Pourtant, les anémiques de la graisse ne cherchent rien moins que de s’offrir les mets savoureux que certains engloutissent.  Je ne parlerai pas des minces qui peuvent ingérer un nombre astronomique d’aliments sans que leur poids ne varie d’un gramme.  Ceux-là, ils sont unanimement et universellement détestés !

La gourmandise est une vertu cardinale quand elle est partagée : elle est bonheur.  Dans les sociétés humaines actuelles, le seul fait de penser gourmand est déjà un péché en soi.  Les Unités Carbones essaient de se donner mauvaise conscience de vouloir savourer : la faim dans les pays en voie de développement, le coût de la vie, les maladies cardio-vasculaires, l’image négative véhiculée par un corps riche en protéines et en graisses…Mais rien n’y fera : la gourmandise est ancrée dans les mœurs et c’est la société de consommation, la bien nommée, qui a poussé l’espèce humaine au péché.  

La mal-bouffe est le côté obscur de la gourmandise, le résultat d’un besoin effréné de consommer.  Manger avec ses yeux est aussi nocif que de trop manger : le Mortel s’auto-flagelle psychologiquement et inutilement.  Ne pas penser à manger ou se retenir de manger est un péché tout aussi mortel : les anorexiques punissent un corps qui ne leur a rien fait et sont victimes d’une mode anti-gros où mince is beautiful !  Attention, danger !

A demain, les Mortels !

PS : La chanson qui illustre mon article est une de mes préférées.  Je n'ai pas pour habitude de commenter mes choix musicaux mais aujourd'hui, c'est différent... 

08/06/2008

657ème jour au Paradis...

Dimanche…

éternuer


A ce jour, mon lecteur le plus jeune qui soit entré en contact (indirect) avec moi a 12 ans.  S’il ne saisit pas encore vraiment toutes les finesses lexicales ou syntaxiques, s’il ne comprend pas toujours les jeux de mot parfois faciles, parfois tarabiscotés qui me caractérisent, il n’en apprécie pas moins mes articles.  Il hésite encore à placer des commentaires (arrêtez donc avec cette hantise du français mal orthographié ou mal maîtrisé parce que n’étant pas votre langue maternelle !  Un commentaire, c’est un petit bout tout nu de vous, brut de coffrage et plein de sincérité) mais il ne manque pas d’à-propos quand il m’envoie un courriel pour me poser une question brusque que les adultes esquiveraient habilement par pudeur ou par honte.  Il me demande simplement ce qu’il en est des fonctions organiques de base de l’Ange moyen.

L’Etre Humain est un concentré de beauté et de poésie : l'homme, le matin, il tousse, il crache. Le midi, il pète, il rote. La nuit, il ronfle, il bave et le reste du temps, il se gratte les couilles. La mort nous a libérés de quelques incommodités qui sentaient bon ( ?) la gêne quand, de notre vivant, elles se libéraient en public.  Quoi que nous n’étions pour rien dans le trou de la couche d’ozone, certains gaz malodorants faisaient de certains d’entre nous des bombes chimiques sur pattes, des armes de destruction massive.  Heureux et libre est celui qui ose se laisser aller ; mais le Paradis deviendrait rapidement invivable ( !) si cette liberté se doublait de gaz toxiques propres à intoxiquer les autochtones !  Péter deviendrait un acte saugrenu et surnaturel dans un univers de calme et de volupté.  Horreur des odeurs, vents organiques qui ne sont pas en odeur de sainteté.  

Nous libérions également d’autres gaz, à l’autre extrémité de notre corps.  A défaut d’être malodorants (bien que boisson alcoolisées, mets épicés et fromage capiteux offrent parfois une palette intéressante de puissants remugles), ces exhalaisons étaient souvent bruyantes, voire carrément sinistres.  Dès son plus jeune âge, on apprend à l’Unité Carbone lambda qu’un enfant bien élevé ne rote pas la bouche pleine.  La Céleste Demeure a libéré les Anges de ce concert saugrenu de bruits que dans certaines cultures ont juge signe de politesse.  

Nous avons également oublié les réactions parfois allergiques de certaines de nos muqueuses.  Le nez, instrument incroyablement sensible et fragile, souffrait de mille et un maux, qui allaient d’un bouchon à une coulée parfois discontinue de mucus.  Un anonyme a dit un jour que l’éternuement était l’orgasme du pauvre.  Alors, les habitants des contrées froides, humides et venteuses doivent prendre leur pied sans arrêt !  Ô combien de mouchoirs, combien de gouttes et combien de comprimés n’ont-ils pas été consommés sur l’autel du rhume ou de la grippe ?  Et voilà qu’une fois parvenus au Paradis, nos nez se débouchent, les vannes se coupent et nos respirations se font libres.

Finalement, au même titre que d’uriner ou de déféquer, ces petits gros désagréments de la vie quotidienne du mortel moyen ne nous manquent absolument pas.  Je ne crois pas qu’ils fassent partie de l’humanité des Ephémères.  Ils sont les petits accidents qui régulent le bon fonctionnement de cette machine complexe appelée le corps humain.

A demain, les Mortels !

13:11 Écrit par Damabiah dans Vie quotidienne | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : roter, gaz, eternuer, damabiah, humour |  Facebook |

07/06/2008

656ème jour au Paradis...

Samedi…

costume_blanc


Je serai un ‘rustre béotien’, dixint, dans un chorus d’anges critiques, Elsa Schiaparelli, Coco Chanel et le tout récent Bienheureux Yves Saint-Laurent.  Le style, c’est tout un art !  Etre original, ça se travaille ! Trouver sa marque de fabrique, ou se faire caméléon à chaque nouvelle production, chacun sa technique. Au Paradis, le style est-il important ?  Je serai tenté de le dire, quand je vois papes et papesses de l’élégance disserter sans fin sur la tenue des Anges qui passent.

Pour moi, le style est un instrument, pas une fin en soi.  Chacun est libre de rester couleur muraille, de briller de mille feux ou de se proclamer arbitre des élégances.  Il était inévitable que si nous réunissions brusquement les meilleurs stylistes de leur époque dans un même espace-temps, nous finirions par provoquer un séisme vestimentaire dont nos antiques robes angéliques feraient les frais.  Et à défaut de costumes Armani dont je raffole (nous ne pouvons nous habiller que de créations de stylistes du Paradis, à défaut d’être divins !), une armada de grands noms ont revu de fond en comble notre garde-robe céleste. Avec style, comme il se doit.

Ciseaux, aiguilles, tissus, fils et petites mains ont fleuri aux quatre coins de la Céleste Demeure et bien que la garde-robe fournie soit gratuite (heureux morts que nous sommes !), les boutiques n’ont rien à envier à leurs consœurs mortelles.  Et bien que rien ne soit plus beau qu'un corps nu et que le plus beau vêtement qui puisse habiller une femme, ce sont les bras de l'homme qu'elle aime, la mode dicte désormais sa loi et nous voilà tous et toutes transformés en vedettes de papier glacé.  Car la mode est une maladie contagieuse et incurable.  Le meilleur style est celui qui se fait oublier mais justement, la vanité humaine rejette l’oubli.

Chanel a dit un jour : " dans une réception, si l'on dit à une femme : quelle belle robe ! C’est que sa robe est ratée. Mais si l'on dit : quelle belle femme ! C’est que sa robe est réussie".  Et si on s’en réfère aux regards élogieux des Anges du coin, sa mission et celle de ses petits camarades de jeu est une franche réussite ici.  L’élégance naturelle des Anges a été subitement mise en valeur par des vêtements que l’imagerie populaire ne plaçait pas Ici-Haut : pantalons et tailleurs pour les Angelotes, costumes trois-pièces ou sportswear pour les Anges et les Archanges.  Le style n'est pas une chose qui résulte d'une opération consciente : c'est une chose qui se dégage d'elle-même.  Un petit coup de pouce n’est quand même pas à dédaigner.

Tous les stylistes, à l’image d’Yves Saint-Laurent, n’hésitent pas à proclamer qu’ils ne sont pas des couturiers, ils sont des artisans, des fabricants de bonheur.  Soyons francs : le style n'est rien, mais rien n'est sans le style.  Et quand vous me voyez me promener en Ferragamo au bras de Sarah en Balenciaga, vous avez parfois l’impression d’admirer deux stars de Hollywood déambuler sur Rodeo Drive.  Un comble pour des Anges dont la modestie est la vertu première !  Mais nous gardons les pieds sur notre nuage : le style est comme le cristal, sa pureté fait son éclat.  Moins nous nous exposerons et plus notre style personnel rayonnera de sobriété et d’élégance.  Voilà tout le secret des Anges new-look : nous soignons notre style sans le guérir.  Sans surcharger notre garde-robe…

A demain, les Mortels !

06/06/2008

655ème jour au Paradis...

Vendredi…

post-it_anne_rose


Honnêtement, je ne saluerai jamais assez chaleureusement le merveilleux travail que les blogueurs amateurs réalisent en créant, alimentant et embellissant leur blog avec une conscience digne des professionnels de la création de sites.  Ces autodidactes du code HTML, du streaming et de l’hébergement nous offrent des petits miracles webistiques permanents.  Je suis fier de leur rendre hommage chaque vendredi et si je peux contribuer à augmenter leur popularité dans la Blogosphère, déjà bien saturée, je m’en réjouis par avance.  J’ai pris, une fois de plus, mon bâton de pèlerin de la Toile et je vous ai déniché un de ces petits blogs qui sentent beau l’authentique, le passionné et le chaleureux.

Elle a un prénom qui la prédestinait à aimer la nature en général et les fleurs en particulier : Anne-Rose a le sourire fleuri de ceux pour qui la nature est une composante essentielle de leur existence.  Elle définit son site comme un joyeux fourre-tout.  Où s’entrechoquent les événements de la vie de tous les jours ; où se croisent tous les acteurs de son existence et où transpire l’humanité tranquille d’une femme réfléchie.  Et comme elle manipule adroitement l’appareil-photo, elle nous offre des clichés qui nous donnent envie de les humer, tellement ils sont criants de précision et de qualité.  Que ce soit son jardin, son environnement ou encore Djerba la Douce, notre blonde reporter amateur traduit superbement images et émotions.     

Nature intacte, nature merveilleuse, nature fragile que nous restitue Anne-Rose.  Hiver comme été, chat comme têtard, chaleur comme froid, sa palette de sentiments éclate dans cette profusion de couleurs que ses instantanés nous offrent.  Le choc des photos sans le poids des mots, un régime bénéfique, une invitation au silence et à la contemplation.  Cela est d’autant plus vrai quand on s’émerveille devant ses prises de vue hivernales.  Tout est dans la solennité du moment, dans la capture de ce je-ne-sais-quoi qui fait toute la différence entre une prise formatée et un moment d’éternité absolue.

A côté de son côté touriste en goguette, prenant les photos les plus dépaysantes possible, Anne-Rose a également développé un flair infaillible pour le cliché unique que personne d’autre n’aurait songé à prendre : attardez-vous un peu sur son voyage à Paris et vous comprendrez de quoi je parle. Romantique des levers et des couchers de soleil (elle n’est pas la seule : j’en découvre chaque jour des merveilleux, assis dans la véranda de mon nuage), elle m’a étonné par une (et une seule) prise de vue…floue (29/10/2007).  Larme à l’œil en voyant le temps maussade ou grosse fatigue ?  Qu’importe, on ne peut pas réaliser des chefs-d’œuvre à tous les coups !

Anne-Rose est en symbiose parfaite avec son environnement, se désolant en voyant un cocotier abattu après un cyclone à la Martinique ou s’inquiétant pour le sort de sa colonie de têtards mais elle n’oublie jamais l’aspect humain de sa personnalité : sa famille coule dans son sang, son sang coule dans sa famille. C’est clair, sa première source d’inspiration c’est elle.  

Je vous conseille d’aller rendre une petite visite amicale à Anne-Rose.  Son travail le mérite bien et certains photographes chevronnés feraient bien d’aller admirer ses clichés.  Ils trouveraient certainement beauté et inspiration.  Respect !

A demain, les Mortels ! 

13:41 Écrit par Damabiah dans Blog épinglé | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : anne-rose, blog epingle, damabiah |  Facebook |

05/06/2008

654ème jour au Paradis...

Jeudi…

grand_ordonnateur


Debout derrière sa baie vitrée, les mains croisées dans le dos, le Grand Ordonnateur (loué soit son nom !) attendait son visiteur avec une impatience qu’il avait du mal à dissimuler.  Le timbre de l’interphone grésilla et sa secrétaire lui signala l’arrivée de son invité.  Il se carra dans son confortable fauteuil et il attendit.  La porte de son bureau coulissa silencieusement et une silhouette massive s’y encadra.  Les dés étaient jetés, une révolution était en marche.  Car le Grand Ordonnateur avait décidé de recruter dans les paradis annexes, et plus particulièrement dans celui des grands héros de la
littérature. Donner vie à un personnage de roman est chose exceptionnelle mais à situation exceptionnelle…   

‘Bonjour commissaire Maigret.  C’est un honneur que de faire votre connaissance.  Mais mettez-vous à votre aise, je vous prie.  Un peu secoué par votre changement de continuum paradisiaque, je suppose ?  Vous vous y ferez, vous verrez.’  Jules Maigret, parce que c’est bien de lui qu’il s’agit, sortit nerveusement sa blague à tabac, sa pipe et se mit à la bourrer consciencieusement.   ‘Et pourrais-je savoir pourquoi vous m’avez tiré de mon néant existentiel ?’.  Le Grand Ordonnateur lui glissa un volumineux dossier : ‘une affaire très délicate et de la plus haute importance.  Seul un esprit aussi aiguisé que le vôtre pouvait en démêler l’écheveau…’

…Même au Paradis, les jours peuvent être moches, tristes et plombés.  Un petit crachin venu de nulle part engluait les nuages ouateux et la lumière divine avait pris une teinte grisâtre qui invitait à la mélancolie.  L’affaire qui l’intéressait était un véritable pataquès.  Et la petite vieille toute ronde, assise en face de lui n’arrêtait pas de pleurer : ‘je suis si vieille, si fragile et pourtant ‘ils’ m’agressent sans arrêt, monsieur le commissaire !  Rendez-vous compte que je suis violée au moins deux ou trois fois par jour !’.  La stupéfaction faillit faire basculer la pipe fumante de Maigret.  Son fidèle Janvier, réincarné à sa demande, se dandinait mal à l’aise sur sa chaise.  Et l’aïeule d’ajouter : ‘aucun respect, monsieur le commissaire !  Je suis continuellement souillée et ceux et celles qui écoutent mes plaintes et qui tentent de me venir en aide semblent bien seuls face à mes agresseurs.’

Des larmes amères coulèrent et les deux hommes, tout professionnels qu’ils étaient, avaient du mal à contenir leur émotion.  Jules Maigret tirait rageusement sur sa pipe et Albert Janvier aurait bien aimé retourner à ses pages des romans de Simenon.  Mais ces héros de papier reprirent leur sang-froid et les questions fusèrent.  La grosse dame y répondit calmement.  Vint alors la question essentielle mais très délicate.  ‘Pourrais-je connaître votre nom, Madame ?’…’Terre, monsieur le commissaire.  Mais appelez-moi Gaïa’.  Là, la pipe légendaire se cassa la figure sur le sol moelleux.  Sacré Grand Ordonnateur !  Voilà donc son stratagème : il avait personnifié la Planète Bleue et il avait recherché le celui qui pourrait lui venir en aide.  Hélas !  Même les grands hommes peuvent se tromper…

…Le commissaire Maigret avoua son échec au Grand Ordonnateur.  Oui, il était psychologue et éminemment intelligent mais venir en aide à une entité à ce point sinistrée et condamnée, c’était au-dessus de ses capacités.  Amer, il demanda humblement sa réintégration au Paradis littéraire dont il avait été tiré.  La Terre est décidément une vieille dame bien difficile à venir en aide !

A demain, les Mortels !   

04/06/2008

653ème jour au Paradis...

Mercredi…

barack_obama


Invraisemblables Mortels, indécrottables Unités Carbones, impossibles Etres Humains, irresponsables Ephémères, quand donc finirez-vous pas comprendre que lorsque une défaite est inéluctable, il faut savoir jeter le gant ?  Non, vous vous accrochez comme un chien s’accroche à son os, vous faites de la résistance, lors même qu’il n’y a plus rien à faire.  Votre existence semble dictée par le ‘struggle for life’, la lutte pour la survie.  Dès qu’un conflit est éteint, dès qu’une guerre est terminée, il vous faut trouver un nouveau champ de bataille où laisser éclater votre agressivité naturelle.  Et tous les terrains vous sont bons, tous les prétextes se justifient.

Il en va de la politique comme d’une guerre : bataille après bataille, la défaite d’aujourd’hui n’est pas nécessairement celle de demain.  C’est à cet espoir ténu que les cadors politiciens se retiennent.  Au Paradis, nous nous passionnons pour un ‘reality show’ terrestre qui fait régulièrement nos délices : les investitures à la candidature pour les élections présidentielles américaines.   En fait, un joyeux déballage de linge sale, un jouissif festival de coups bas et de coups de couteau dans le dos, une impressionnante collection de casseroles que traînent derrière eux les candidats en lice.  Le plus drôle dans tout cela, c’est qu’avant de faire feu de tous bois, les partis en présence se déchirent en interne.  Et cette année, le pompon est revenu au parti démocrate.

Le parti dont l’âne est le symbole (tout un programme !) ne s’attendait pas à ce que le traditionnel mano a mano d’investiture se transforme en pugilat politico-médiatique.  C’est que les candidats en présence ont, non seulement une forte personnalité, mais ils représentent aussi un tournant historique dans l’histoire de la course à la Maison Blanche.  A ma gauche, Barack Obama, jeune, charismatique, le sourire jovial et carnassier et… candidat de couleur.  A ma droite, Hilary Clinton, épouse multi-trompée (mais miséricordieuse) de son coureur d’ex-Président, mûre, expérimentée, sûre d’elle et… femme.  Un beau duo qui avait tout pour plaire mais dont les campagnes respectives sont parvenues à diviser les partisans démocrates.

Les Anges n’ont aucun a priori politique mais il faut avouer que nous avons été gâtés par des shows médiatiques qui ont résonné comme autant de bombardements au napalm ; c’est simple, on les voyait partout : télévision, journaux, radios, internet, murs, abris-bus et même taxis ou autobus.  Les Américains prendraient pour un fou l’extra-terrestre qui débarquerait inopinément sur leur territoire et qui ignorerait qui sont les deux candidats démocrates en lice.  Un tel battage médiatique devait amener à l’overdose.  Et bien pas du tout : le citoyen lambda adore cela et en redemande.  Oui mais voilà, en principe, les jeux sont faits et c’est Obama qui casse la baraque (jeu de mot facile, j’en conviens !).  Il a été officiellement adoubé candidat officiel démocrate à la Maison Blanche.  Et bien entendu, après avoir déjà été bafouée une fois, Hilary refuse de l’être une seconde fois.  Et bonjour l’ambiance au sein du Parti.

Pendant ce temps-là, nous rigolons bien, au Paradis.  Nous ne pouvons pas parier sur le candidat de notre choix mais nous parions que ces dissensions et ces querelles intestines font les choux gras du seul dont je n’ai pas encore parlé : le candidat républicain, choisi depuis belle lurette, lui.  L’éléphant regarde l’âne et il ricane : un éléphant, cela se trompe rarement !

A demain, les Mortels !

03/06/2008

652ème jour au Paradis...

Mardi…

sob


Dans la perspective prochaine d’un congé bloggistique sabbatique que je n’aurai pas volé et surfant sur le thème récurrent de la disparition, de l’abandon et de la transmigration de certains blogs, j’ai voulu savoir ce qui se faisait ailleurs, en matière de protection de l’intégrité des blogs.  Fidèle à ma réputation de furet céleste de la Toile, j’ai déniché THE blog de référence.  Celui qui a tout comprit au marasme actuel et qui met tout en œuvre pour stopper l’hémorragie.

Son nom résume à lui-seul son combat : S.O.B. (Save Our Blogs).  Jetez un coup d’œil ICI… Espagnol de naissance mais universel dans son message, son propos est très clair.  Pour les anglophobes et les spécialistes de l’espagnol touristique et vaguement ‘méthode Assimil’, je vais me faire un plaisir de vous traduire son plaidoyer, je cite : ‘La mort d’un blog est la conséquence d’un manque de commentaires.  Beaucoup de visiteurs ne se rendent pas compte que leurs commentaires sont VITAUX à la survie d’un blog’.  Fin de citation.

Comment ne pas lui donner raison quand je constate le nombre important de lecteurs que j’intéresse et le peu d’intérêt que je suscite de leur part, en matière de commentaires.  Ces derniers sont le combustible qui fait fonctionner correctement le moteur de notre motivation.  Savoir que nous avons des visiteurs, c’est bien, connaître leurs opinions, de quelque nature qu’elles soient, c’est mieux !  J’ai des visiteurs des quatre coins du monde et pourtant, ma boîte à commentaires ne s’agite que sous l’impulsion d’un (tout) petit nombre d’entre eux, souvent des fidèles parmi les fidèles.  Je ne les remercierai jamais assez.  Mais les autres ?  Peur de s’exprimer en français, si on découvre la langue de Voltaire par mon entremise ?  C’est moins la façon de le dire que de l’exprimer simplement qui compte, à mes yeux.  

Ou alors ne suis-je qu’un blog de passage, une halte inopinée vers d’autres univers ?  Google Analytics semble corroborer cette assertion, si j’en crois mes statistiques.  Peu me chaut de savoir le temps que l’on passe sur mon Blog : une heure de réflexion intense, suivie d’une autre heure d’écriture, de mise en page et de publication journalières sont lues en deux minutes, chrono en main.  Mais c’est quand je constate que l’on vient rarement directement sur mon blog que je me pose des questions sur le bien-fondé de ma démarche.  Il me semble écrire dans le vide, pour défier ma seule volonté à continuer, pour stimuler mon intellect et abreuver ma soif d’écriture.  Si cela est, autant fermer tout de suite boutique et se mettre au macramé ou au modélisme.

Le Blog Céleste arborera désormais un nouveau petit logo à la formule sympa : ‘Mon blog se nourrit…de vos commentaires’.  J’adhère à 200% à la démarche de Nacho Gómez et j’invite mes amis bloggeurs et mes amies bloggeuses à lui emboîter le pas.  Et j’attends, non j’espère, que les commentaires vont tomber nombreux et internationaux.  Toi, lecteur du monde qui me lit et qui m’apprécie un tant soit peu, fais ce geste simple qui me ferait tant plaisir et qui remplirait à nouveau mon réservoir à motivation qui est en train de s’assécher.  Et le prix de la motivation, au cours actuel est bien plus élevé que le prix actuel du pétrole, crois-moi !

A demain, les Mortels !

02/06/2008

651ème jour au Paradis...

Lundi…

repos_du_guerrier


Il ne faut pas se voiler la face : la Blogosphère ‘intelligente’ vit des moments difficiles.  J’entends par ‘intelligente’ une fédération de blogs de personnes adultes qui n’utilisent pas leur espace Web à présenter, comme le font si souvent les adolescents mortels, une série de photos de copains-copines, le tout agrémenté de texte dans un français approximatif, voire raccourci, trituré, amputé et massacré.  Leur sacro-saint langage SMS tant adoré.  

La Blogosphère est une usine à création permanente où ce sont des ouvriers de l’ombre, des individus lambda, comme vous et moi, qui alimentent continuellement son contenu.  Je l’ai évoqué maintes et maintes fois mais un blog est un petit ogre qui vous dévore tout cru.  Et qu’il devienne un tant soit peu populaire et ce sont ses lecteurs qui deviennent vite affamés.  Presque drogués : il leur faut leur dose quotidienne d’évasion, de grands sentiments, d’images drôles ou dépaysantes, de textes caustiques ou intelligents.  Si d’aucun se repose à grand renfort de sport, de lecture, de télévision, de promenades ou que sais-je encore, certains prennent un bol d’air frais en se connectant sur Internet et en allant se promener de blog en blog.  Il leur faut, coûte que coûte, effacer les petites misères quotidiennes à coup d’articles polémiques, de petites blagues rigolotes, de superbes photos ou de petites confidences amicales.

La Blogosphère use et abuse des organismes humains.  C’est une entité multicéphale qui n’en a rien à faire des contraintes de la vie des Unités Carbones.  Nourrissez-moi, nourrissez-moi…tel est son credo, son confiteor.  Et vous comprendrez mieux alors le manque de motivation qui guette tout blogueur un tant soit peu régulier.  Je vois des blogs se fermer et disparaître ; je vois des blogs s’arrêter d’actualiser leur contenu et prendre leur retraite, n’existant encore que par le contenu, le fonds, qu’ils contiennent.  Je vois des blogueurs fatigués, démotivés, pris par l’engrenage infernal de la vie moderne et voyant leur chef-d’œuvre (tous les blogs sont des chefs-d’œuvre parce qu’ils sont le fait d’un seul et même artiste) se diluer dans les méandres de la mémoire collective.

La Blogosphère est-elle malade ?  Non. La Blogosphère est devenue obèse.  Trop de blogs, pas assez d’entretien, quelquefois de simples essais qui restent à l’état de projet mais qui existent tout de même sur la Toile, de purs esprits dépourvus de contenu.  Et surtout, surtout, ce besoin atavique chez l’Humain de vouloir exister à tout prix, de ne pas perdre sa place sur le Web, de peur qu’un plus petit que soi vous prenne ce lectorat que vous avez eu tant de mal à fidéliser.  Et pourtant, moi-aussi bien souvent, je rêve au repos du guerrier.  Pas le repos éternel : j’en bénéficie déjà !  Non, une pause internaute qui me permettrait de faire autre chose.  Mais personne ne se repose jamais vraiment, on imagine qu'on se repose ou qu'on va se reposer mais c'est juste une petite espérance qu'on a, on sait bien que ça n'existe pas, ce n'est qu'une chose qu'on dit quand on est fatigué.         

La Blogosphère m’a happé et elle me tient bien.  Mais attention : je garde mon libre-arbitre et je reprendrai ma liberté quand bon me semblera.  Cette liberté se traduira par des phases de repos entre deux longues périodes de travail.  Elle me le doit bien, non ?

A demain, les Mortels !

01/06/2008

650ème jour au Paradis...

Dimanche…

bouddha_rieur

Les plus grands penseurs asiatiques des temps jadis ont coutume de se réunir le dimanche, sur le délicieux nuage de Lao-Tseu, nostalgiquement bordé d’un magnifique jardin et dissimulant une ravissante pagode.  Assis en tailleur sur des nattes tressées, ils échangent idées et commentaires et ils échappent rarement à l’envie de critiquer ‘ceux qui sont restés en bas’.  Ils invitent parfois un profane à leurs digressions et quelques fois, c’est moi qui ai cet insigne honneur.

Dans un silence que seul le joyeux gargouillis d’une fontaine noyée dans la verdure vient perturber, ils sacrifient à l’ancestrale cérémonie du thé, immuable tradition qui leur permet de communier autour d’un breuvage commun.  Ils observent cérémonieusement les volutes de fumée qui s’échappent de leur bol et ils méditent les sujets dont ils vont débattre.  Ce jour-là sont réunis Confucius, Poe Tai Ho Shang et leur hôte, Lao-Tseu.  Et moi, au milieu de ces éminents Sages, humble Ange ne réalisant pas encore vraiment la chance que j’ai d’être là, à ce moment précis.  Ils aspirent lentement leur thé, plus qu’ils ne le boivent, déposent leur bol presque simultanément et le débat peut commencer.

Intéressons-nous plus particulièrement à Poe Tai Ho Shang, mieux connu des Occidentaux par son surnom de Bouddha Rieur.  Eh oui, ce Sage chinois du 10ème siècle, ce joyeux rondouillard chauve a été confondu avec son illustre maître mais il n’a rien fait pour dissiper le malentendu, bien au contraire.  Sa bonne bouille et sa silhouette ventripotente en ont fait le chouchou des collectionneurs de Bouddha en tout genre.  Peu connu pour ses pensées, il n’en demeure pas moins un acteur incontournable de la philosophie orientale. Au moment où il va parler, Confucius, longue barbe en pointe et visage émacié, le prend de vitesse : ‘le silence est un ami qui ne trahit jamais’.  Et Bouddha ne rit plus.

Lao-Tseu enchaîne : ‘nous t’avons accueilli parmi nous parce que tu passes pour être une réincarnation de Maîtreya, le Bouddha du futur du Mahâyâna.  Nous t’aimons malgré ton ventre rond qui symbolise la richesse, ton rire et ton attitude décontractée qui expriment la sérénité et la joie de celui qui a trouvé 'Bouddha en Soi'.  La Sagesse est intériorité et pas exubérance’.  Et Bouddha ne rit plus.

Poe Tai Ho Shang n’allait tout de même pas en rester là !  Tout en finesse et en sagesse, il réplique : ‘meilleur que mille mots privés de sens est un seul mot raisonnable, qui peut amener le calme chez celui qui l'écoute : respect’.  Doutez de tout et surtout de ce que je peux vous dire mais ne doutez jamais du respect qui est le mien à votre égard.  Si, avec un mental pur, quelqu'un parle ou agit, alors le bonheur le suit comme l'ombre qui jamais ne le quitte’. Et Lao-Tseu et Confucius ne rient plus.

A ma grande surprise, j’ai été le témoin privilégié d’une passe d’arme entre philosophes, là où je m’attendais à des réflexions béates, à des sentences moralisatrices.  Venant d’ardents défenseurs de la paix et de la sagesse, je me réjouis par avance d’être à nouveau accepté dans leur cénacle.  Il risque d’y avoir du sport !

A demain, les Mortels !