31/07/2008

710ème jour au Paradis...

Jeudi…

 

mouton_noir

 

Je suis Dennys le Cynique et je ne me confondrai pas en salamalecs devant vous, bouffeurs d’oxygène. J’ai profité d’une absence de ce nigaud de Damabiah pour lui chiper sa place et écrire l’article du jour. Et quel meilleur thème choisir aujourd’hui que… moi ?  C’est vrai, quoi !  Il est dur d’être cynique dans une société céleste où ‘tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil’.  J’ai l’impression d’être le dernier agitateur de consciences que le Paradis nourrisse en son sein.  Il faut dire que je ne fais rien pour me faire aimer mais les anges sont exaspérants de bienveillance : pas de colère, aucune haine.  Je passe pour un joyeux excentrique alors que je me sens comme le mouton noir de la famille.

La bergerie céleste est un vaste enclos où le Grand Ordonnateur (gnâgnâgnâ soit son nom) a rassemblé son vaste troupeau de brebis égarées.  Et les moutons noirs qui le composaient sont tous rentrés dans le rang.  Tous ?  Non.  Un irréductible cynique a décidé de continuer le combat mais quand la lutte se résume à un seul combattant, elle tient plus alors de l’extravagance.  Chaque être humain joue un rôle important, parfois à son insu, mais jamais en vain. Ce n'est qu'après les rebondissements que l'on peut comprendre et saisir la portée de nos actions.  J’en ai marre que mon rôle se borne à être le farfelu local !  Je bois, je pète, je rote, je dis des gros mots, j’ai l’aube constamment tachée, l’auréole de guingois et les plumes en bataille.  Le mouton noir, je vous dis !  Et pourtant, tout le monde s’en fout : mais où va le Paradis ?

Sur terre, les mauvais élèves, les fils maudits, les éléments difficiles sont montrés du doigt, mis à l’encan et au ban de la société.  Quelle chance ils ont !  Posséder un mouton noir dans sa famille est signe d’infamie, preuve irréfutable que l’éducation n’a pas fonctionné.  Aucune pitié, pas de quartiers !  Un vrai bonheur.  Dans la Céleste Demeure, nous vivons dans un sirupeux mélange de l’univers de Chantal Goya, de Disneyworld et du Pays de Candy.  Y en a marre d’entendre à longueur d’Eternité que le pardon est divin !  Pitoyable spectacle : au Paradis, on pardonne tout : de l’inconscient qui piétine le carré d’azalées amoureusement entretenues jusqu’au cynique réaliste qui éructe son ressentiment à la face des Bienheureux.

Les moutons noirs l'ont compris : les petits coups d'épingle bien dosés et répétés font plus de mal et détruisent plus que la cruauté virulente et expéditrice...  Nous vous aurons à l’usure, familles bien-pensantes et sociétés bon chic-bon genre.  Etre le fils prodigue, cela a ce goût de révolte et de pied-de-nez aux conventions qui me manquent si cruellement.  On craint ces rebelles qui se sont mis en marge de la société, on plaint ces asociaux, on critique ces saltimbanques du train-train quotidien.  Personne pour les admirer, les encenser ou les comprendre.  Ils sont coupables, point barre.

Et Ici-Haut, tout cela se confond dans un concert de pardon et de gentillesse qui dédouane les moutons noirs et qui ne leur donne plus envie de recommencer, une fois morts.  Pitié !  Il faut quand même bien que le Paradis soit autre chose que ce bonheur éternel, autre chose qu’un vaste jamboree où les Anges passeraient leur éternité à faire des BA !  Pour l’enfer que vous me faites vivres, Unités Carbones, je ne vous aime définitivement plus.

A bientôt, les Mortels !

25/07/2008

704ème jour au Paradis...

Vendredi…

 

mecanique_bermuda

Quand viennent les beaux jours, les Anges se choisissent des nuages confortables, comme autant de strapontins, fenêtre ouverte vers un spectacle dont les vacances annuelles sont le décor, les vacanciers les protagonistes et le soleil la vedette américaine ou l’Arlésienne, tout dépend de son humeur du moment.  A l’image d’un festival lyrique, musical ou scénique, le déroulement est prévu d’avance mais le programme est différent, d’une année à l’autre.  Et malgré les bouchons, la canicule et les impondérables, les Mortels sont attirés sur les routes comme autant d’insectes vers une lampe allumée.  Ils s’y brûlent les ailes mais le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?

Je ne parviens toujours pas à comprendre la ténacité, la pugnacité et l’entêtement qui gagnent des milliers d’individus lambda et qui les poussent à accrocher caravane ou remorque, à briquer motor-home ou camping-car, à entasser bagages et famille pour une aventure délirante.  Car si les premiers kilomètres s’effectuent sous le signe de l’excitation et de la joie de fauves libérés de leur cage, cela tourne rapidement au cauchemar : entre les marmots qui veulent absolument faire pipi et madame qui se plaint de la chaleur qui règne dans le véhicule, le vacancier le plus optimiste risque de virer schizophrène.  La lenteur du trafic et les manœuvres parfois suicidaires d’autres conducteurs ne font rien pour arranger les choses.  Pourtant, je me dis que rien ne justifie une telle prise de risque.  Faisons preuve d’un peu de logique.

Les vacanciers quittent le stress du boulot pour rejoindre illico presto le stress de la route.  Pourquoi s’embarrasser de tant de problèmes ?  Pour goûter au soleil ?  Astronomiquement parlant, le soleil est le même dans le nord de l’Europe que dans le sud !  Les humains, blanchis par l’enfermement bureaucratique veulent absolument partir pour bronzer ?  En êtes-vous encore à vouloir ressembler à tout prix à de petits pains brûlés, Unités Carbones, au prix d’heures d’immobilisme qui font passer les poulets à la broche pour de joyeux plaisantins ?  Vanitas vanitatum et omnia vanitas.  Et vous voilà déjà de retour au boulot, en train de comparer vos destinations ensoleillées de vacances et leur influence sur les degrés respectifs de bronzage que vous exposez fièrement.  Ridicule et pathétique.

Certains vacanciers prétendront partir pour mieux se reposer.  Je mets hors-la-loi les fonctionnaires qui sont en vacance à longueur d’année et qui ne font que compléter leur capital-repos, je n’inclus pas les voyageurs prévoyants et nantis qui font des sauts de puce aériens jusqu’à leur destination de voyage alors que d’autres en sont encore à défricher des terres hostiles, infestées de CO2, d’aires de repos surchauffées, de gamins braillards et d’automobilistes agressifs.  Ces voyageurs de l’extrême arrivent à bon port, moulus, courbaturés, fatigués, épuisés, déshydratés et dégoulinant mais jamais, au grand jamais, ils ne voudront reconnaître devant les autres vacanciers qu’ils ont souffert milles morts.  La vanité du mâle dominant, sans doute.   

En définitive, rester chez soi demeure  la meilleure alternative à des vacances aventureuses et épuisantes.  Et cela ne coûte pas cher, en ces périodes difficiles.  Partir pour en mettre plein la vue à son voisin ou à ses collègues ?  Au prix actuel du souvenir, cela fait très surfait et fort peu rentable, non ? 

A bientôt, les Mortels !

24/07/2008

703ème jour au Paradis...

Jeudi…

 

dopage

On l’aime bien notre Amédée.  Bon, d’accord, son amour immodéré pour les boissons à fort taux d’alcool n’est peut-être pas vraiment compatible avec l’idéal angélique que nous prônons, mais que voulez-vous : quand il est apparu, fin saoul, à la porte de la Céleste Demeure, sa première question fut : ‘où est-ce que je peux me jeter un godet derrière la cravate ?’.  Pittoresque et inattendu.  Depuis, on lui a attribué un petit lopin où il cultive le raisin (intention tout-à-fait louable) qu’il distille à grand renfort de fermentation alcoolique (intention tout-à fait prohibée).  Fort heureusement pour la population locale, il est le seul à boire sa propre production qui, je dois l’avouer pour l’avoir goûtée du bout des lèvres, tient plus de la vinasse, de la piquette, du gros qui tache, du picrate, du pousse-au crime que du jus de la treille.

Sa consommation hectolitre de gros rouge lui a valu son surnom d’Amédée l’Ecluse.  Sans commentaires.  Notre joyeux imbibé n’est pas bien méchant mais nous veillons quand même à l’écarter soigneusement du circuit habituel de la visite de l’Eden.  Question d’image de marque et respect du taux d’alcoolémie ambiant.  Quand au travail, Amédée peut être versé dans la catégorie ‘inactifs amorphes’.  Quelques bonnes âmes charitables ont plutôt voulu voir en lui un ‘méditatif profond’.  Grand bien leur fasse mais, en ce cas, notre soiffard bat tous les records de méditation transcendantale !   Il a appris à se hâter avec lenteur et à éviter le moindre effort inutile et superflu.  Qui a dit que l’on ne s’inquiétait pas des économies d’énergie au Paradis ?

Vous comprendrez alors notre étonnement de le voir maintenant débouler comme un bolide, toutes ailes déployées, auréole au vent et pris subitement d’une crise d’hyperactivité aigüe.   Les plus optimistes y ont vu l’intervention bénéfique du petit Cupidon qui, en plus de lui avoir piqué son amour-propre, lui aurait donné l’envie de se démener pour une Belle.  Mais si le Paradis est pavé de bonnes intentions, il est aussi tapissé de réalisme et la plupart des Anges ont tout de suite songé à une toute autre forme de piqûre : Amédée ne pouvait être que dopé.  Notre premier cas avéré de dopage artificiel au Paradis !  Incroyable !  Car si on nous laisse nous doper, en toute légalité, à l’enthousiasme, à l’amour, au courage ou à la volonté, toute forme de stimulant biologique nous est formellement interdit.

Après quelques analyses, Amédée s’est révélé positif à l’EPO (Excitant Particulièrement Opaque) et il nous a avoué l’avoir mélangé à sa production vinicole, cadeau sournois d’un diablotin de ses amis.  Un Ange entretenant des relations amicales avec l’ennemi ?  On aura tout vu mais il ne faut plus s’étonner de rien avec notre vinificateur du dimanche.  Enfin soit, l’alerte fut chaude mais aucune contrée de l’Univers n’est à l’abri du dopage.  Et je crains fort que cette tentation, purement mortelle, ne vienne titiller les esprits et les envies d’Anges faibles et peu sûrs d’eux.  Non loin est le jour où le dopage ne sera rien de plus qu'un moyen de s'élever... à la moyenne !  En tout cas, Amédée est retourné à ses vignes et à sa nonchalance, contrit et conscient d’avoir échappé à un enfer pire que la drogue : le travail !

A bientôt, les Mortels !

12:47 Écrit par Damabiah dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : drogue, dopage, damabiah, humour, epo |  Facebook |

21/07/2008

700ème jour au Paradis...

Lundi…

 

evolution

 

Un grand nettoyage ne s’accompagne jamais sans la résistance de nids à poussière tenaces et la mauvaise volonté affichée de taches incrustées.  Ainsi en va-t-il pour le Grand Ordonnateur (loué soit son nom), qui a beau être parvenu à secouer l’apathie ambiante et un conservatisme made in Paradis, mais qui n’est pas encore parvenu à rallier la majorité.  Sous le couvert de l’anonymat et dans le secret de nuages complices, des partisans des théories subversives continuent à mener un combat perdu d’avance.  Mais les plus belles causes ne sont-elles pas les plus désespérées ?  

Chaque Ange bien formé finit par comprendre un jour ou l’autre (il a tout son temps pour cela) que l’hypothèse d’un dieu unique, créateur omniscient et architecte universel, tient difficilement la route.  En tout cas, s’il existait réellement, il ferait montre d’un sens pervers de l’humour en prétendant que chaque homme et chaque femme a été créé à son image.  Cela voudrait-il dire qu’à part ses dehors bonhommes, amicaux et généreux, il peut également être hypocrite, menteur, méchant et sadique ?  Dans ces conditions, plutôt pas de dieu qu’une telle apparenté !  La théorie de l’évolution s’impose alors : malgré tous ses efforts pour le dissimuler, l’Homme est une bête sauvage derrière une façade civilisée et il faut bien admettre qu’il a n’a pu commencer son existence que par être animal et qu’il lui en reste encore quelque chose.

L’Evolution s’est unie très tôt à Dame Nature et le couple a donné naissance à une foultitude de créations aussi originales qu’inattendues.  En évitant certains écueils folkloriques (vous imaginez-vous des lapins à plumes ?) et en gommant ou en éliminant certaines erreurs de conception ou de casting (un T-Rex sur les Champs-Elysées auraient été du meilleur effet, non ?).  Le binôme, devenu symbiotique au gré des générations, s’est donné un mal fou pour étoffer son catalogue d’avantages et  d’inconvénients à chaque créature terrestre, à chaque organisme vivant.  Certaines structures auraient eu une utilité indiscutable : un lion éviterait soigneusement un zèbre si celui-ci avait été doté d’une mitrailleuse intégrée !  Mais l’Evolution a choisi prédateurs et victimes, offrant camouflage, toxicité et vélocité aux uns, force, ténacité et crocs aux autres.

L’Evolution a offert certains gadgets inutiles mais nullement gênants à beaucoup de ses créations.  Ainsi en va-t-il des ailes rudimentaires de l’autruche ou du pingouin et de l’appendice ou des mamelons de l’Humain mâle.  Quoique pour ces derniers, les études scientifiques tendent à prouver que la Nature a voulu doter les individus des deux sexes de façon équitable.  Ah bon ?...  Soyons honnêtes, l’Evolution produit rarement  des ‘modèles’ parfaits : la sélection naturelle demande que ce que l’on crée fonctionne parfaitement et là, les travaux bâclés sont légions.  L’Etre Humain en est un parfait exemple.  Animal parmi les animaux, il devrait être à même de comprendre l’importance de l’interaction entre son environnement et lui.  Et qu’a-t-il fait jusqu’à présent ?  Nier son animalité et détruire consciencieusement son cadre de vie.  Ce ne sont pas ses remords tardifs et ses pitoyables tentatives pour réparer les dégâts causés qui vont redorer son blason.    

L’Evolution ne fait pas preuve d’une créativité sans limite.  Elle permet aux espèces existantes de s’adapter et, selon le cas, d’évoluer vers une nouvelle phase évolutive.  Elle ne produit pas des organismes parfaits car dans ce cas, où pourrait évoluer la sélection naturelle, qui n’est d’ailleurs pas l’unique moyen d’évolution.

A bientôt, les Mortels !

20/07/2008

699ème jour au Paradis...

Dimanche…

 

ordinateur


Mon absence un peu 'prolongée' est dûe à l'achat, au montage et à la configuration d'un tout nouvel ordinateur, véritable bête de course.  Les aléas de sa préparation, de sa commande, de son montage, de sa première mise en marche et des problèmes inhérents m'ont donné la substance de ce nouvel article.  Bonne lecture !

 

Peu de choses extraordinaires viennent secouer la douce torpeur de notre Eternité paradisiaque.  Mais quand la rumeur céleste bruisse de l’annonce d’une naissance prochaine dans un endroit qui, par essence, est le territoire de chasse favori de Madame la Grande Faucheuse, cela tient de l’événement de l’année.  En dépit de l’excitation engendrée, il faut tout de même relativiser les choses : cette naissance ne concerne aucune forme de vie biologique.  Mais elle prend quand même toute son importance pour le futur heureux ‘papa’…

Quel Mortel n’a pas un jour tempêté contre les incohérences manifestées de temps à autre par son ordinateur préféré ?  Quelle Unité Carbone ne s’est pas arraché les cheveux devant la lenteur alarmante affichée par son outil de travail quotidien, sensé lui faciliter rapidement la vie et non pas la ralentir ?  Et ne parlons même pas des plantages, erreurs système et toute une clique de joyeux problèmes en tout genre.  Quand les symptômes persistent, malgré la visite d’un réparateur, le retour à l’usine ou une désinfection complète de l’engin, qui peut aller, horreur suprême, jusqu’au reformatage du disque dur, il faut se rendre à l’évidence : le fidèle PC (et sa mémoire (plus très) vive) est prêt à rendre l’âme ou, tout du moins, est-il temps qu’il prenne une retraite bien méritée.

Nécessité fait loi et l’Etre Humain dissimule des trésors d’amnésie affective qui lui font oublier rapidement le matériel qu’il a encore encensé la veille.  Et le voilà, catalogue en main, connexion Internet mise à sa disposition à portée de main, à la recherche du digne successeur de son défunt ordinateur.  L’offre est pléthorique, tout humain lambda normalement constitué et peu au fait de l’informatique risque facilement de se noyer sous le déluge de termes techniques qui se déversent sur lui.  Disque S-ATA, alimentation 650 W, ventilateur pour chipset ou disque dur, watercooling…j’en passe, et des meilleures !  Il est donc dans son intérêt de se munir d’un décodeur et d’un ami, versé dans la compréhension de ce langage ésotérique et qui pourra le conseiller utilement dans ses choix.

Une fois la gestation accomplie et que ses desiderata ont été clairement définis et satisfaits, il reste encore à faire œuvre d’accouchement.  Donner le jour à un PC peut parfois se révéler aussi compliqué et délicat qu’un accouchement biologique.  Le câble d’alimentation (cordon ombilical électronique) est-il assez long ?  La carte-mère est-elle suffisamment bien ventilée ?  Les barrettes de mémoire vive sont-elles fonctionnelles et opérationnelles ?  Les disques durs ne sont-ils pas trop gros pour la parturition ?  Une fois rassuré, le technicien peut commencer le travail et la délivrance est plus ou moins longue, suivant la taille et le poids du ‘bébé’.  Et quand, pour la toute première fois, les témoins led se mettent enfin à clignoter et que l’ordinateur pousse son premier bip et réussit sa première mise en marche, tout le monde respire.  

Bienvenue dans un nouveau monde de travail et de technologie, petit PC.  Ouvre grand ton écran, fais battre ton processeur et fais parler tes circuits imprimés.  Ta vie ne sera pas facile tous les jours et ton ‘papa’ de substitution ne voudra jamais entendre parler d’enfance ou d’adolescence, et encore moins de maladies de jeunesse ! Ne trahis jamais la confiance mise en toi et je te souhaite alors une plus ou moins longue vie !

A bientôt, les Mortels ! 

11:56 Écrit par Damabiah dans Humour | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : pc, ordinateur, nouveau, naissance, damabiah, humour |  Facebook |

12/07/2008

691ème jour au Paradis...

Samedi…

 

schwarzie


Dans les ouateuses contrées du Paradis, le culte du corps beau nous est aussi étranger que la dynamique des fluides peut l’être pour des bédouins sahariens.  A nos yeux angéliques, muscler son cerveau est un exercice autrement plus difficile et profitable que de faire pousser triceps, quadriceps et autres abdominaux.  Franchement, je vous le demande : la culture physique, pour quoi faire ?  Pourquoi solliciter, agresser et martyriser un corps qui ne vous a rien fait ?  De toute façon, ne réserverez-vous pas les progrès musculaires éventuels qu’à un petit groupe d’intimes, triés sur le volet et prêts à s’extasier pour vous faire plaisir ?  A moins que vous apparteniez à ce cercle d’exhibitionnistes surgonflés, adeptes du muscle-roi, fanatiques des corps reluisant d’huile et disciples du bronzage d’exposition.

Les Anges, parfaits par eux-mêmes, peuvent comprendre ce besoin atavique des Mortels, êtres imparfaits s’il en est, de vouloir se sentir bien dans leur peau et de vouloir en changer quelquefois.  Mais de là à adhérer à cette philosophie de la musculation à outrance et de la ‘gonflette’ organisée… Reconnaissez-le, Ephémères : dans la balance de la destinée, le muscle ne pèse jamais autant que le cerveau.  Et je ne connais pas de décision sage et réfléchie qui ait été prise à la force des biceps !  L'homme fort cache ses muscles. C'est le coq qu'on entend crier, jamais le bœuf.  Mais l’Homme, dans son immense  fatuité, veut sculpter son corps à sa guise, contrôler son physique à sa volonté, coller au plus près aux canons classiques de la Beauté masculine et garder à l’esprit que pour lui, un homme musculeux lève des haltères et tombe les filles.

Le coeur est le seul muscle strié dont la contraction échappe à la volonté.  Mais il est également le seul que les Humains développent le moins.  Muscle, quand tu nous tiens, tu nous tiens bien !  Quand donc les mâles prétentieux comprendront-ils que la plupart des femmes restent insensibles et font surtout preuve de perplexité devant les efforts répétés de ces messieurs pour développer une musculature absente ou déficiente, pour redresser et raffermir une ancienne structure musculaire dont l’âge a eu raison ?  C’est surtout pour flatter leur propre ego que, seuls devant une immense glace qui reste la seule à réfléchir, les Unités Carbones s’abandonnent au plaisir pervers de l’effort physique intense, ponctué d’une suée abondante et de muscles endoloris.  Et va-z-y que je regarde augmenter mon avantageux tour de biceps brachial, et va-z-y que je m’émerveille devant le volume harmonieux du moyen fessier couturier, et va-z-y que je m’extasie devant mon magnifique grand pectoral ou les intersections tendineuses de mes abdominaux.

Soulever des tonnes de fonte, ahaner sous la charge comme une bête de trait, épuiser mon énergie pour augmenter ma masse musculaire et faire fondre mon embonpoint, très peu pour moi !  Ce sont justement les petites imperfections qui font le charme personnel de chaque individu.  Se couler dans un moule hyper-musclé ou se fondre dans la masse athlétique n’est pas nécessairement signe de virilité.  Je préfère être un gringalet les pieds sur terre qu’un colosse aux pieds d’argile.  Le mérite se mesure à la qualité de ses actes et pas au diamètre du rhomboïde, du grand oblique ou du vaste externe.

A bientôt, les Mortels !

08/07/2008

687ème jour au Paradis...

Mardi…

bronzage,


Un cachet d’aspirine, fatigué de ne connaître que blancheur
Cherchait, par tous les moyens, à se dorer la pilule.
Il rêvait de teintes cuivrées, dorées sous la canicule
Qui lui réchaufferaient suffisamment le cœur.  

Il n’était point question ici de couleurs fantaisistes,
Comme le rose nacré des fesses d’un poupon
Comme le rouge vermillon d’une écrevisse de saison,
Ou encore le brun clair d’un café au lait triste.

Durant cette belle saison que les optimistes appellent Eté,
Quand le puissant seigneur Soleil darde ses rayons ardents,
Messire cachet d’aspirine traquait le bronzage à tout instant.
Et il ne serait satisfait qu’une fois son teint pâle hâlé.

Une jolie brune, bronzée certifiée, qui passait par hasard par là,
Curieuse du manège suicidaire du blanchâtre impatient,
Voulut lui prodiguer astuces et conseils clairvoyants
Pour lui éviter un teint qui s’approcherait de la paella.

Mais notre prétentieux et snobinard petit visage pâle,
Sûr de son fait et pétri de ses convictions personnelles,
Chassa la malheureuse qu’il prit pour une péronnelle,
Et continua sa cuisson prolongée pour obtenir un joli hâle.

Et en fin de journée estivale, cuit à point comme il se doit,
Notre cachet d’aspirine était plus rubicond que brun,
Il avait mal partout et des coups de soleils inopportuns
Ne lui permettaient plus de se tenir vraiment droit.

Les jours suivants, cachet d’aspirine perdit beaucoup de sa superbe,
Car, pelant abondamment et allégrement comme oignon pour la salade,
Il devint la victime d’Hélios le Tout-Puissant et sa montée en centigrades.
Alors, fini le bronzage sur la plage, adieu sieste prolongée sur l’herbe.

Moralité :

Si tu désires quelque chose de bien précis avec trop de fébrilité
Si tu cherches à obtenir absolument ce que tu veux,
Ne restes pas sourd et aveugle aux conseils que l’on te prodigue
Car le prix à payer sera largement supérieur à l’effet escompté.

A bientôt, les Mortels !

04/07/2008

683ème jour au Paradis...

Vendredi…

ingrid

Fondamentalement, les Anges sont des humains comme les autres : nous nous nourrissons de ces petits instants de bonheur que l’on savoure comme de délicieuses friandises que l’on ne voudrait jamais voir disparaître.  Les Anges ont l’air, comme ça, d’êtres blasés par une Eternité de drames mais certains événements parviennent encore à nous tirer la larme de l’œil.  Et franchement, rares sont les occasions : une tradition enfantine ne fait-elle pas de ces larmes, les rafraichissantes pluies d’été ?  Ne détrompons pas ces chers bambins, c’est si mignon !

Depuis quelques jours terrestres, une effervescence médiatique inhabituelle secoue les prémices d’une torpeur estivale annoncée.  Les échos en sont si puissants qu’ils retentissent jusque dans les travées du Paradis, réveillant les consciences assoupies et nous plongeant dans la redécouverte des joies simples, pures et, disons-le, angéliques.  ‘Elle’ est vivante et mieux encore, ‘elle’ a été libérée !  Les Bienheureux ne le montraient pas vraiment, mais cela faisait 2310 jours que nous attendions ce moment, merveilleusement inattendu !  Une éternité pour sa famille et ceux qui défendaient sa cause, mais encore plus pour son GuidAnge (anciennement Ange Gardien), resté fidèlement et discrètement à ses côtés, inquiet au point de penser que, coupé de ses bases, il se croyait oublié de sa hiérarchie.

Elle s’appelle Ingrid Betancourt et elle n’a jamais craqué, quoique de bien sombres pensées lui aient traversé plus d’une fois l’esprit.  Une fois inébranlable et l’amour qu’elle porte aux siens ont dressé un rempart face à son désespoir.  Elle est grande, notre petite Ingrid ; elle est forte, notre petit bout de femme ; elle est admirable.  Le paisible, le tranquille, le pacifique Paradis s’est indigné comme un seul Ange devant l’ignominie de l’acte d’enlèvement dont elle a été la victime.  Et nous décomptions les jours, sachant fort bien que l'expérience prouve qu'il est beaucoup plus facile de prendre des otages que de les relâcher.  

Elle est libre, Ingrid, le monde entier respire, l’humanité exulte mais cette libération est l’arbre qui cache la forêt.  Ici-Haut (et certainement aussi sur Terre), certaines voix s’élèvent déjà, pour s’inquiéter du sort de ceux qui restent otages.  Seront-ils les victimes innocentes du battage médiatique actuel et ne risquons-nous pas de les plonger dans l’anonymat, une fois oublié le calvaire de ce petit phare dans la nuit que représentait Ingrid ?  Toute action est otage des sentiments mais tout otage est otage de l’action.  Oublier serait encore plus criminel.  La lutte doit continuer, parce que si les humains ont gagné une bataille, ils n’ont certainement pas gagné la guerre.  Et l’oubli est l’arme préférées des lâches et des velléitaires.

Nous sommes tous des petits Ingrid Betancourt, otages de nos habitudes, de nos certitudes et de nos inquiétudes.  Certes, personne ne se mobilisera pour réclamer notre libération, les médias resteront muets à notre sujet et nous devrons nous libérer par nos propres moyens.  Notre jungle amazonienne est une jungle d’asphalte, de métal, de béton et de verre, plus dense et bien plus dangereuse que sa copie végétale.  Osons résister aux brimades et aux tortures mentales, osons briser nos chaînes, osons faire la nique à nos tortionnaires et n’oublions jamais que quelque part sur la Planète Bleue, il y a encore des hommes et des femmes qui ignorent la libération d’Ingrid, qui ignorent tout simplement qui est Ingrid Betancourt mais qui, au fond d’eux-mêmes, n’espèrent qu’une seule chose : leur propre libération.  Luttons…

A bientôt, les Mortels !

02/07/2008

681ème jour au Paradis...

Mercredi…

paranoia

 C’est grave de s’obliger à ressembler à tout le monde,
Et à devoir accepter que la Terre est bien ronde.
Cela provoque des névroses, cela engendre des psychoses,
Cela fait naître des paranoïas pour voir enfin un monde bien plus rose.

Pour ne pas craquer, pour m’accepter, je chante ma Paranoïa Song ;
Pour survivre, pour ne plus courir, je fredonne ma Paranoïa Song.
Toi qui te sens exclu, toi qui te sens perdu, pour éviter d’être fini,
Entonne avec moi cette maudite Paranoïa Song.  Pour te débarrasser de la folie.

La paranoïa des gens connus est sans limite, mais je ne suis pas connu.
Je ne m’invente pas des ennemis, ils me sont tout simplement inconnus.
On a beau être paranoïaque, on n'en est pas moins persécuté !
Peut-on devenir paranoïaque à force de croire les gens le penser ?

Pour ne pas craquer, pour m’accepter, je chante ma Paranoïa Song ;
Pour survivre, pour ne plus courir, je fredonne ma Paranoïa Song.
Toi qui te sens isolé, toi qu’on nie et dénie sans la moindre pitié,
Entonne avec moi cette maudite Paranoïa Song.  Pour éclairer l’obscurité.

Dali disait que l'activité paranoïaque critique est une force organisatrice
Et que du hasard objectif, elle en était l’heureuse productrice.
Ce n'est pas parce que je suis paranoïaque qu'ils ne sont pas tous après moi.
Mais ce n’est pas parce que je les crois après moi, que je nourris ma paranoïa.

Pour ne pas craquer, pour m’accepter, je chante ma Paranoïa Song ;
Pour survivre, pour ne plus courir, je fredonne ma Paranoïa Song.
Toi qui te sens petit, toi qui me semble ne plus avoir grand espoir,
Entonne avec moi cette maudite Paranoïa Song.  Pour enfin briser le miroir.

Libéré de mes fantômes, je voudrais tant connaître la paranoïa de l’amour.
Etre frappé par cette douce folie où les sentiments mutuels riment avec ‘toujours’.
L’amour a le pouvoir de transformer des individus ordinairement posés et sensés
En paranoïaques obsédés par des pensées millénaires et passionnées. 

Pour ne pas craquer, pour m’accepter, je chante ma Paranoïa Song ;
Pour survivre, pour ne plus courir, je fredonne ma Paranoïa Song.
Toi qui vis malgré toi dans le mensonge, toi qui a peur du monde entier,
Entonne avec moi cette maudite Paranoïa Song.  Pour simplement exister.

La paranoïa est dans l’air du temps, chaque Humain la cultive plus ou moins.
Qu’on me présente donc un Mortel qui n’y a pas succombé.  Exercice vain.
Nous la partageons tous, elle nous empêche de craquer ou de plonger dans le délire.
Certes, la paranoïa est une maîtresse difficile, mais j’ai connu bien pire.

Pour ne pas craquer, pour m’accepter, je chante ma Paranoïa Song ;
Pour survivre, pour ne plus courir, je fredonne ma Paranoïa Song.
Toi qui veux t’épanouir, apprends à devenir sourd, aveugle et muet.
Et entonne avec moi cette maudite Paranoïa Song.  Pour enfin avoir la paix.

A bientôt, les Mortels !