12/10/2008

783ème jour au Paradis..

Dimanche…

 

esprit_moqueur

Le métaphraste que je suis éprouve une jouissive délectation à mettre en exergue les innombrables travers de ses congénères.  Je sais que la critique est aisée quand on ne pratique pas soi-même une autocritique salutaire, mais la condamnation des défauts des autres équivaut à une animadversion toute personnelle.  Encore faut-il le faire avec retenue : montrer les autres du doigt, rire de leur gêne, de leur différence ou de leurs insuffisances.  Peut-on se moquer de tout et blâmer à tort et à travers ?

Le cadre : mon nuage personnel.  Le moment : une douce soirée éternelle où j’ai réuni en petits cénacle quelques fins esprits des siècles passés, afin de passer un bon moment entre intellectuels. Et entre la poire et le fromage, les commentaires ont subitement croisé le fer, les opinions se sont télescopées, parfois avec une violence inattendue dans une telle assemblée.  Les appréciations diverses n’ont pas  été tendres mais chacun se moquait des avis de la concurrence.  Qu’y pouvais-je ?  L’Homme aime rire.  Des autres.  Quand la boutade devient moquerie, quand la taquinerie devient raillerie, la méchanceté n’est jamais vraiment loin.  La moquerie est la fiente de l’esprit critique et d’aucuns apprécient de lâcher leur excrément contempteur sur les autres.

Coup de pattes et coups de griffes se succédaient avec une belle régularité : voilà des messieurs de bonne compagnie, aux talents avérés et révérés, qui se conduisaient comme des aristarques zélés. Perdu au milieu de ces attaques critiques, effaré par autant de cruauté, Paul Léautaud a lâché un laconique : ‘on rit mal des autres, quand on ne sait pas d'abord rire de soi-même’.  Cela eu le don de tempérer les ardeurs combattives.  Les Chinois ont coutume de dire que la raillerie est l’éclair de la calomnie.  Et quand je vois ces intelligences séculaires faire preuve d’un tel esprit moqueur, je me dis que ce ne sont que des cœurs petits, malgré leur valeur intrinsèque.  Le Paradis aigrirait-il son bonhomme ?

Si une telle pagaille peut être provoquée ici, qu’en est-il au Royaume des Vivants ?  Bienheureux celui qui a appris à rire de lui-même : il n'a pas fini de s'amuser !  Si la fine raillerie est une épine qui a conservé un peu de parfum de la fleur, la réalité des faits est bien différente :  se moquer des défauts des autres, ironiser cruellement sur la différence des autres, c’est un rempart  et une forme de défense contre ses propres défauts et ses complexes.  On rit de ce qu’on ne connait pas vraiment et l’Etre Humain déteste rien moins que l’on se moque de lui, alors que se gausser des autres lui semble une évidence. 

Le calme étant revenu sur mon nuage, tout en savourant un excellent havane, La Bruyère affirma que la moquerie est souvent indigence de l’esprit.  Les piteux critiques ne purent qu’approuver.  Si Sophocle affirmait qu’il n’y a rien de plus agréable que de se moquer de son ennemi, la belle raillerie doit rester, dans les discours, ce que le sel est dans les viandes.  Un rehausseur de goût, sans plus. La dérision est peut-être un rempart contre la solitude. En effet, les moqueurs veulent un public, et celui qui en est la victime est toujours seul.  De toute façon, il ne faut pas se moquer de la peine du voisin, car la vôtre peut arriver le lendemain matin.

A bientôt, les Mortels !

Commentaires

Bonjour,
je prends ta dernière phrase,
belle soirée
bises

Écrit par : nanny | 13/10/2008

*oo* Rire, oui et encore pas avec tout le monde,
se moquer, non.
Mais la frontière entre les deux est parfois tellement floue et variable d'une personne à l'autre.
Certains constipés prennent pour moquerie ce qui n'est que clin d'oeil. Et les clins d'oeil sont justement un geste tendre et bienveillant.... je pense à mon IMU refusée par exemple...
Enfin, j'en aurais des tonnes à dire sur le sujet... mais ce n'est pas l'endroit je crois :-)
Bisous Alex, belle soirée, j'ai une petite pensée moqueuse pour ton requin au boulot ;-)

Écrit par : Loo | 13/10/2008

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