18/10/2008

789ème jour au Paradis..

Samedi…

 

protégeons_l_eau_jaune

Une charmante lectrice mortelle, soucieuse sans doute du bien-être angélique et voulant se préparer au mieux à son futur voyage, s’interroge sur le confort matériel qu’apportera le Paradis.  Si celui-ci est loin d’être un palace quatre étoiles ou un village de vacances exotique, la vie éternelle est plutôt douce, à condition de bien vouloir l’accepter.  Les Bienheureux sont libérés des contingences matérielles et leurs besoins physiologiques sont réduits à leur plus simple expression.

Manger n’est plus que volonté épicurienne de garder le souvenir des mets délicieux d’autrefois et la seule boisson Ici-Haut est un bon bol d’air frais, mélange ouateux et opalescent qui prend toutes les saveurs possibles, suivant le bon vouloir et l’origine du consommateur.  Le bol d’air sera tour à tour rafraîchissant, digestif, roboratif ou festif.  Notre tête tournera sans jamais connaître l’ivresse et nos papilles lui attribueront le goût de notre choix.  Au Paradis, tout est question d’imagination et de volonté de prolonger les bons moments de l’existence terrestre. 

Mais sur Terre, en ces périodes troublées de crises financières sur fond de récession et de diminution du pouvoir d’achat, les Unités Carbones se tournent vers des valeurs sûres et des liquidités.  Et pourquoi pas le pastis, symbole de la France d’en-bas, au même titre que la frite est l’ambassadeur du belge moyen et le hamburger le digne représentant de la haute gastronomie américaine ?  La boisson typiquement hexagonale, véritable baromètre de la bonne santé gauloise, est en grand danger.  La cote de l’or jaune s’effondre mais la conjoncture actuelle n’est pas en cause : ce sont les habitudes qui changent et les goûts commencent à se modifier radicalement.
 
Quand on songe au pastis, on pense soleil, Méditerranée et accent chantant.  Sa couleur n’a-t-elle pas réussi à capturer un rayon de l’astre solaire pour se répandre ensuite en vagues chaleureuses dans nos estomacs ?  Mais le pastis est en danger : je ne veux pas parler de ses multiples déclinaisons, de l’anisette au Pernod, en passant par le Ricard et autres pastagas de fabrication artisanale dont la composition pourrait parfois servir de comburant aux fusées spatiales.  Non, il risque d’être victime de ses pires ennemis : l’abstinence et le changement de mœurs.  Les jeunes ne boivent plus que des boissons à base de testicules de taureau (beurk) ou des soi-disant succédanés d’alcools dont la teneur aurait été diminuée.  Lamentable !

Et que dire de l’eau, ce traître, ce félon, ce fourbe, cet ingrat, lui qui a été généreusement engagé pour mettre en valeur le goût inimitable du divin breuvage.  Il a trahi son bienfaiteur, lui qui n’aurait dû que troubler le pastis et pas nos habitudes.  Il lui a joyeusement taillé des croupières en lui volant tant de clients, en brandissant, entre autres, le spectre de la boisson maudite parce que dangereuse pour la santé.  Tous les consommateurs de pastis vous le diront : celui-ci ne fait du mal qu’à ceux qui en meurent.  De toute façon, comme le disait le grand philosophe du pastaga, Fernandel : ‘le pastis, c'est comme les seins. Un, c'est pas assez et trois c'est trop’.

Finalement, les caricaturistes étrangers devraient revoir leur copie : l’image du Français moyen, gros moustachu, coiffé d’un béret, vêtu d’un robert et portant baguette et litron de rouge, devrait tenir un verre de pastis dans la main et oublier le vin, produit par hectolitres mais consommé par litres.  Le pastis, c’est la France.  Et personne ne pourra l’imiter.  Là-dessus, je vais aller boire un petit bol d’air à la saveur de Ricard.

A bientôt, les Mortels !

14:19 Écrit par Damabiah dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pernod, alcool, damabiah, pastis, pastaga, eau, anis, anisette, ricard, humour |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.