31/10/2008

802ème jour au Paradis...

Vendredi…

j_aime-le_dictionnaire

Haro sur la réforme de l’orthographe !  Sus aux méprisables critiques de la lexicologie classique !  Mort aux défenseurs d’une langue aussi riche qu’une assiette de crudités !  J’aime les tournures alambiquées de la langue françaises, ses pièges, ses détours, ses incohérences et ses faux-amis.  Je vous ai préparé un aperçu de ce que le français peut vous offrir comme petites merveilles : amusez-vous à comprendre et à déchiffrer mon article.  Tout y est rigoureusement exact et vérifié à plusieurs sources croisées et concordantes.  A vos dictionnaires, Petit Robert et autre Littré, vous entrez dans une nouvelle dimension.

Comment rester de marbre, quand le français fait l’objet d’une laciniation en règle ?  Mes valvules sigmoïde et tricuspide jouent un air de rumba frénétique, à l’idée de voir comment on peut piller ce qui fait la richesse d’un patrimoine immatériel.  Peut-être suis-je un jumart, sans doute l’onirodynie me guide-t-elle mais je garde espoir.  La preuve en est que les définitions les plus littéraires, les plus vieillottes ou les plus alambiquées trouvent encore leurs partisans.

Quand la pression osmotique entre deux êtres entraîne une liaison de coordinence des ligands, on peut parler d’amour.  Comme le balancement d’une fétuque ou des feuilles d’un sophora, l’attirance fait aimant et l’aimant fait l’amant.  Et la langue française devient églogue, cantilène ou virelai quand elle se pique de poésie et qu’elle prête à un terme, un sens qui ne lui est pas propre.  Hélicon, Hippocrène et les Muses ne savent plus où donner de la prosodie ou du rythme quand des amourettes ne sont pas une courte passion amoureuse mais bien des morceaux de moelle épinière de veau.  Et ainsi, le charme est rompu…

Mais méfions-nous des sons qui trompent et des connotations qui dérangent : de même qu’une toupilleuse n’est pas une joueuse professionnelle de toupie, qu’un déridage fait tout sauf rire ou qu’un fiat n’est pas un véhicule italien, la mauviette peut être un être délicieux à manger et la purgation a d’autres vertus que l’évacuation des selles.  A ce propos, un régime sans selles ou les fèces seraient oubliées serait un régime dangereux.   De même, prendre une biture sur un navire peut avoir des conséquences bien plus désastreuses qu’une simple cuite.

Et que dire des mots qui nous semblent venir d’un pays ou d’un continent qui n’est pas le leur : qui sait que l’adorable maskinongé est canadien, et pas africain ; que le mascara est anglais et non italien ; que la mystérieuse eprom n’est pas juive mais bien anglo-saxonne et le hinterland allemand ?  Nous pensons tout savoir et nous découvrons qu’en fait, nous ne connaissons rien, ou si peu.  Plus une langue est riche de ses apports étrangers et plus elle devient mystérieuse, intéressante et vivante.

Quand j’écris, j’espère que mon style et mes tournures de phrases ne ressemblent pas à de la devanagari ou à du boustrophédon.  Vous m’en verriez marri.  Mes idées, cespiteuses en diable, ont parfois du mal à trouver leur équivalent linguistique et je dois alors me rabattre sur des pis-aller, à défaut de trouver le terme juste.  Je deviens presque un dermeste du vocabulaire, un lycoperdon de la Culture.  Veuillez me pardonner de n’être qu’un ange au vocabulaire limité.  Je fais ce que je peux.

A bientôt, les Mortels !

28/10/2008

799ème jour au Paradis...

Mardi…

le-feu-aux-mots

Dérogeant à la sacro-sainte règle que je m’étais fixée et en cette période automnale, je vais profiter honteusement des congés de mon Intercesseur Mortel pour glisser quelques articles supplémentaires durant cette semaine.  Nous allons commencer par un sujet de circonstance pour la saison : le feu.

Plus que le simple moyen de faire remonter la température extérieure des habitations des indigènes de l’Hémisphère Nord, le feu échauffe les sens et couve sous l’âtre des passions, au risque de se brûler les ailes.  Vous comprendrez aisément pourquoi il est intimement lié au Royaume des Enfers plutôt qu’au Paradis. Le phlogistique a toujours passionné les Humains, fascinés par ces flammes et flammèches qui dansaient librement et mordaient cruellement celui qui s’approchait de trop près. 

Celui qui a le feu sacré est plein du feu de Dieu mais gare à la combustion spontanée !  Allumer le feu (comme le fait si bien le philosophe populaire Johnny Hallyday) est un acte dangereux qu’il faut utiliser avec intelligence.  Dans la plupart des cas, je mettrai ma main au feu que mettre le feu aux poudres, c’est jouer avec le feu.  Celui qui se brûle au feu de la passion en garde la trace indélébile, inscrite en lettres de feu dans sa mémoire.  Et fasse que les pyromanes sentimentaux ne soient pas châtiés par le feu du Ciel, autrement plus incandescent que les ravages qu’ils causent dans le cœur de ceux et celles qu’ils incendient.

Celui qui reste sagement au coin du feu ne risque rien, à moins de jeter de l’huile sur le feu et d’aller ainsi au feu.  Les pyrolâtres, les guèbres, les parsis et autres zoroastriens ne sont pas faits d’une matière réfractaire au feu ; ce feu qui réchauffe, ce feu qui nourrit, ce feu qui détruit.  Il provoque embrasement et ignition et il laissera malheureusement derrière lui de grands brûlés, des calcinés, des consumés et des enflammés.  Mais attention : à trop vouloir jouer les incendiaires, les amateurs du feu pourraient être victimes d’un brûlant retour de flammes.  A moins qu’une extinction divine ne vienne mettre un terme à leur feu.

Même quand le feu nourrit son homme, il peut provoquer ce coup de feu, tant redouté par tous les cuisiniers.  Mais ils ont appris à le contrôler et à le dresser.  Ils peuvent en faire un feu doux ou un petit feu.  Et dans leur lutte incessante pour le contrôle du feu qui couve en elles, les Unités Carbones ont tenté d’apprendre à faire la part du feu.  Et ce, après bien des péripéties, après avoir conquis des civilisations par le fer et par le feu, après avoir mis des nations entières à feu et à sang.  Quel bonheur que de faire mourir à petit feu les militaristes les plus intransigeants. 

Paix et sérénité ne sont pas pour tout de suite mais il n’y a pas le feu en la demeure et certaines opinions extrémistes ont déjà fait long feu.  Ainsi, les Faucons de la politique, sous un feu nourri de critiques et le feu aux trousses, se trouvent pris entre deux feux.  Et que les Humains, au tempérament de feu, qui n’y voient que du feu, qui ont la bouche en feu ou le feu aux joues, se rassurent.  S’ils craignent que dans le feu de l’action ils commettent une bêtise, ils ne seront pas incendiés pour autant.  Une fois mort, feu monsieur l’irréfléchi réalisera que parler avec feu et bien moins dangereux que de griller un feu.         

A bientôt, les Mortels !

13:12 Écrit par Damabiah dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : feu, foyer, chaleur, automne, damabiah, humour |  Facebook |

26/10/2008

797ème jour au Paradis...

Dimanche…

a_la_guerre

Il n’y a guère encore, la guerre ne scandalisait guère parce qu’elle faisait partie intégrante de la composante humaine, comme le chargeur l’est pour le fusil-mitrailleur.  Mais un délicieux vent de pacifisme a commencé à souffler sur des Unités Carbones qui ont commencé à redécouvrir leur humanité.  Et, paradoxalement, les pacifistes ont commencé à faire la guerre à la guerre.  Maudits Humains qui ne sont définitivement que des indécrottables idiots !

La guerre fait couler le sang mais elle fait également couler beaucoup d’encre.  Ainsi en va-t-il de la Guerre des Sexes, guerre des Roses et des Bleus.  Guerre où on pourrait sacrifier plus d’hommes que de femmes : leur importance est largement moindre.  Deux forces en présence : d’un côté, les mâles, pétris de leur conviction d’être les maîtres de la situation et les mieux armés pour remporter cette guerre qu’ils voient déjà gagnée d’avance.  De l’autre, les Femmes, cuirassées par des millénaires de frustration et d’avilissement, prêtes à utiliser des armes aussi pernicieuses qu’inédites pour parvenir à leurs fins.  Le vainqueur n’est pas encore connu.

Autre guerre, autre champ de bataille.  Les Guerres de Religion.  Ou comment massacrer un nombre considérable et inutile d’individus au nom de choix philosophiques qui prônent l’amour et la paix.  Un comble !  Il est écrit que les Etres Humains seront incapables de vivre pacifiquement les uns à côté des autres sans déclencher un quelconque conflit pour une quelconque raison.  L’Homme est un animal agressif de nature.  Et comme le faisait tristement remarquer Tristan Bernard :’ vous allez voir qu'un jour on va nous déclarer la paix et que nous ne serons pas prêts’.

Les guerres économiques ont fait, elles aussi, énormément de dégâts collatéraux.   Les enjeux sont bien plus importants que la seule conquête d’un territoire ou l’extermination de l’ennemi.  Et comme dans toute guerre qui se respecte, c’est toujours l’adversaire qui a commencé, m’sieur !  Dans ce genre de guerre souterraine, larvée et impitoyable, les victimes sont toujours les faibles et les mal armés.  Et cela peut durer longtemps : Machiavel a lâché un jour que l’on fait la guerre quand on veut et on la termine quand on veut.  Et dans un conflit économique, la fin justifie les moyens.

Et parlons un peu de la Guerre de l’Information, la Guerre Cybernétique, la Guerre des Réseaux, l’Anti-Guerre, la Guerre Technologique, la Guerre Postmoderne, qui sont les dernières expressions à la mode dans le champ des théories militaires, des expressions à la mode en passe de devenir des lieux communs et d’être intégrés à la culture dominante.  La guerre est partout et vise tout le monde.  Les pacifistes ont du plain sur la planche et des cheveux gris en perspective : éliminer un phénomène aussi ancien que l’humanité elle-même ne va pas être une mince affaire.  Sans la guerre, tout le monde tuerait tout le monde…et il n’y aurait plus de guerres !

Quelqu’un a dit un jour que ce qu’il y avait de bien avec les guerres civiles, c’est qu’on peut rentrer manger à la maison.  Il n’y a pas à en douter : la guerre fait vraiment partie du patrimoine génétique mortel et elle donne un superflu surcroît de travail au personnel du Paradis, qui s’en passerait bien.

A bientôt, les Mortels !

25/10/2008

796ème jour au Paradis...

Samedi…

conception_voiture

Au départ, elle n’était pas attendue mais seulement espérée.  Elle est le fruit de l’union torride d’un concept réfléchi et d’une idée folle, conçue avec amour, passion et fougue.  Ses géniteurs ont donné le meilleur d’eux-mêmes et la volupté intellectuelle dont ils ont fait preuve les a laissés épuisés et satisfaits.

Au départ, elle n’était qu’un embryon d’idée, prémices à quelque chose de plus grand, qui permettrait à l’œuf d’éclore.  Petit à petit, ses parents ont couché sur le papier sa future physionomie et toutes les caractéristiques qui lui donneraient l’apparence de ce qu’elle est devenue.  Une sorte de portrait-robot, infiniment plus détaillé et porteur des promesses du futur.  Elle n’existait encore que virtuellement mais déjà elle hantait tous les esprits.  Sa naissance était en marche, son accouchement programmé. 

Au départ, elle n’était que traits esquissés, complexion floue et aspect approximatif.  Comme tout fœtus appelé à grandir, les organes internes se sont formés, son intérieur s’est étoffé et son extérieur s’est dessiné.  Elle serait amenée à attirer le regard, à susciter la convoitise et à provoquer les compliments sur sa carrosserie de rêve.  Comme toute femelle qui se respecte, elle portait en elle les germes de la coquetterie féminine.  Ses concepteurs avaient intégré ce paramètre lors de leurs ébats cérébraux.

Au départ, elle ne se sentait pas si différente que cela des milliers de petites étrangères conçues en même temps qu’elle.  Dame !  L’union de plusieurs esprits fertiles et imaginatifs n’engendre-t-elle pas les mêmes conséquences, où que vous vous trouviez sur Terre ?  Mais ses parents avaient planché sur le sujet et ils lui avaient attribué des marques de naissance qui lui seraient uniques.  Et tandis que de projet, elle devenait réalité, elle prenait conscience de sa place dans l’univers.  Le moteur de sa future vie ronronnait déjà et tout baignait dans l’huile.

Au départ, elle se croyait unique.  Elle ignorait que ses géniteurs étaient aussi prolifiques que féconds.  Ils n’avaient pas mis en route une fille unique mais bien des centuplées.  Voire plus.  Elle soupirait d’aise : elle ne se sentirait pas seule dans l’Univers tant sa famille était nombreuse.  Elle aurait des sœurs, des tantes, des cousines, des grands-mères et viendrait le jour où elle aussi serait la matriarche d’un clan solidement constitué.  Elle se sentait prête à ouvrir des yeux grands comme des phares au xénon et à conquérir le monde.  On ne manque pas de culot, quand on est jeune et pas encore bien cotée.

Au départ, elle était un rêve et à l’arrivée elle était une voiture.  Non, bien plus que cela : la somme du travail de toute une équipe qui, après avoir réussi l’accouchement, l’ont confié entre les mains expertes des concessionnaires et des publicitaires.  Etre jeune et belle, c’est bien.  Mais pour être aimée et choisie, il ne fallait pas qu’elle ne compte que sur son seul physique.  Elle devait dévoiler ses atouts, quitte à ouvrir le capot pour montrer ses dessous.  La pudeur n’existe pas, dans la construction automobile.  Mais comme tout objet de désir, petite voiture devait aussi savoir se mettre en valeur.  Bonne route et longue vie !

A bientôt, les Mortels !

13:33 Écrit par Damabiah dans Humour | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : voiture, conception, automobile, damabiah, humour |  Facebook |

19/10/2008

790ème jour au Paradis...

Dimanche…

 

noces_funebres

Salut, les aptères mortels, fêtez comme il se doit le retour de Dennys le Cynique, celui que vous aimez tant détester.  Pour les béotiens et les primo-arrivants qui ne me connaîtraient pas encore, je suis le trublion du Paradis, l’électron libre de la gent angélique, le Che Guevara de la Vie Eternelle.  Mon plus grand plaisir est de piquer la place de ce cucul la praline de Damabiah et d’en profiter pour faire exploser la Toile.  En avant donc, mes agneaux, pour un dynamitage en règle des idées reçues …  

  
Vous connaissez (ou pas) mes rapports tendus avec les femelles de ma race mais que voulez-vous : les femmes seraient charmantes si on pouvait tomber dans leurs bras sans tomber entre leurs mains.  Alors, quand j’entends évoquer la possibilité de mariages ou de noces dans les travées de la Céleste Demeure, je crie : ‘au fou’ !  Franchement, la mort n’est-elle pas une espèce de mise à la retraite des heurs et malheurs de notre existence mortelle ?  Tout de même, nous ne sommes pas morts pour revivre encore une fois les affres d’une existence d’enchaînement à deux !

A mes yeux, les noces, c’est une cérémonie dans laquelle deux personnes s'engagent à devenir une, une s'engage à devenir rien du tout, et rien ne s'engage à devenir supportable.  Comme me le disait encore récemment le remarquable philosophe Pierre Desproges (mon maître à penser) : ‘pour que votre voyage de noces soit un succès total sur le plan touristique, sentimental et sexuel, la première chose à faire est de partir seul’.  Je vois d’ici des femmes hurler en lisant ces lignes mais les choses sont ce qu’elles sont : il y a deux sortes de mariages : le mariage blanc et le mariage multicolore parce que chacun des deux conjoints en voit de toutes les couleurs.

Quand on songe à des noces, on pense tout de suite à la nuit qui porte leur nom : théâtre d’exploits physiques ou de terribles déceptions, pas toujours dues à un abus de boissons fortement alcoolisées.  Je n’en veux pour preuve que le cas de celui de ces deux tourtereaux, follement épris mais suprêmement candides : aucun des deux n'avait la moindre connaissance des choses sexuelles, aussi ne firent-ils rien pendant leur nuit de noces sinon prier Dieu qu'il les conseille. Le résultat ne fut pas concluant.  En fait, la voltige aérienne ne vaut peut-être pas votre nuit de noces, mais vaut sûrement mieux que la nuit qui suit.

L'amour, même en dehors du mariage, est toujours moral ; un mariage sans amour est toujours immoral (c’est vraiment moi qui ai dit cela ? Je dois être malade).  J’ai toujours gardé les pieds sur Terre, du moins jusqu’à ma mort : le mariage est un saut périlleux dans l’avenir et si je n’ai jamais été très bon en gymnastique, je le suis encore moins en réception de saut.  Certains me rétorqueront que si le mariage peut être un lac orageux, le célibat est presque toujours un abreuvoir boueux.  Je m’en fiche, je ne suis pas difficile.  De toute façon, le célibataire est un homme qui a réussi à ne pas trouver de femme.

La plupart des ménages sont composés de célibataires mariés.  On s'étudie trois semaines, on s'aime trois mois, on se dispute trois ans, on se tolère trente ans et les enfants recommencent.  C’est une vie, ça ?  Montaigne disait que le bon mariage serait celui d’une femme aveugle avec un mari sourd.  Je penserai qu’avant de se marier, il faudrait offrir la possibilité à la femme de choisir quelqu’un d’autre… pour avoir la paix.

A bientôt, les Mortels !

18/10/2008

789ème jour au Paradis..

Samedi…

 

protégeons_l_eau_jaune

Une charmante lectrice mortelle, soucieuse sans doute du bien-être angélique et voulant se préparer au mieux à son futur voyage, s’interroge sur le confort matériel qu’apportera le Paradis.  Si celui-ci est loin d’être un palace quatre étoiles ou un village de vacances exotique, la vie éternelle est plutôt douce, à condition de bien vouloir l’accepter.  Les Bienheureux sont libérés des contingences matérielles et leurs besoins physiologiques sont réduits à leur plus simple expression.

Manger n’est plus que volonté épicurienne de garder le souvenir des mets délicieux d’autrefois et la seule boisson Ici-Haut est un bon bol d’air frais, mélange ouateux et opalescent qui prend toutes les saveurs possibles, suivant le bon vouloir et l’origine du consommateur.  Le bol d’air sera tour à tour rafraîchissant, digestif, roboratif ou festif.  Notre tête tournera sans jamais connaître l’ivresse et nos papilles lui attribueront le goût de notre choix.  Au Paradis, tout est question d’imagination et de volonté de prolonger les bons moments de l’existence terrestre. 

Mais sur Terre, en ces périodes troublées de crises financières sur fond de récession et de diminution du pouvoir d’achat, les Unités Carbones se tournent vers des valeurs sûres et des liquidités.  Et pourquoi pas le pastis, symbole de la France d’en-bas, au même titre que la frite est l’ambassadeur du belge moyen et le hamburger le digne représentant de la haute gastronomie américaine ?  La boisson typiquement hexagonale, véritable baromètre de la bonne santé gauloise, est en grand danger.  La cote de l’or jaune s’effondre mais la conjoncture actuelle n’est pas en cause : ce sont les habitudes qui changent et les goûts commencent à se modifier radicalement.
 
Quand on songe au pastis, on pense soleil, Méditerranée et accent chantant.  Sa couleur n’a-t-elle pas réussi à capturer un rayon de l’astre solaire pour se répandre ensuite en vagues chaleureuses dans nos estomacs ?  Mais le pastis est en danger : je ne veux pas parler de ses multiples déclinaisons, de l’anisette au Pernod, en passant par le Ricard et autres pastagas de fabrication artisanale dont la composition pourrait parfois servir de comburant aux fusées spatiales.  Non, il risque d’être victime de ses pires ennemis : l’abstinence et le changement de mœurs.  Les jeunes ne boivent plus que des boissons à base de testicules de taureau (beurk) ou des soi-disant succédanés d’alcools dont la teneur aurait été diminuée.  Lamentable !

Et que dire de l’eau, ce traître, ce félon, ce fourbe, cet ingrat, lui qui a été généreusement engagé pour mettre en valeur le goût inimitable du divin breuvage.  Il a trahi son bienfaiteur, lui qui n’aurait dû que troubler le pastis et pas nos habitudes.  Il lui a joyeusement taillé des croupières en lui volant tant de clients, en brandissant, entre autres, le spectre de la boisson maudite parce que dangereuse pour la santé.  Tous les consommateurs de pastis vous le diront : celui-ci ne fait du mal qu’à ceux qui en meurent.  De toute façon, comme le disait le grand philosophe du pastaga, Fernandel : ‘le pastis, c'est comme les seins. Un, c'est pas assez et trois c'est trop’.

Finalement, les caricaturistes étrangers devraient revoir leur copie : l’image du Français moyen, gros moustachu, coiffé d’un béret, vêtu d’un robert et portant baguette et litron de rouge, devrait tenir un verre de pastis dans la main et oublier le vin, produit par hectolitres mais consommé par litres.  Le pastis, c’est la France.  Et personne ne pourra l’imiter.  Là-dessus, je vais aller boire un petit bol d’air à la saveur de Ricard.

A bientôt, les Mortels !

14:19 Écrit par Damabiah dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pernod, alcool, damabiah, pastis, pastaga, eau, anis, anisette, ricard, humour |  Facebook |

12/10/2008

783ème jour au Paradis..

Dimanche…

 

esprit_moqueur

Le métaphraste que je suis éprouve une jouissive délectation à mettre en exergue les innombrables travers de ses congénères.  Je sais que la critique est aisée quand on ne pratique pas soi-même une autocritique salutaire, mais la condamnation des défauts des autres équivaut à une animadversion toute personnelle.  Encore faut-il le faire avec retenue : montrer les autres du doigt, rire de leur gêne, de leur différence ou de leurs insuffisances.  Peut-on se moquer de tout et blâmer à tort et à travers ?

Le cadre : mon nuage personnel.  Le moment : une douce soirée éternelle où j’ai réuni en petits cénacle quelques fins esprits des siècles passés, afin de passer un bon moment entre intellectuels. Et entre la poire et le fromage, les commentaires ont subitement croisé le fer, les opinions se sont télescopées, parfois avec une violence inattendue dans une telle assemblée.  Les appréciations diverses n’ont pas  été tendres mais chacun se moquait des avis de la concurrence.  Qu’y pouvais-je ?  L’Homme aime rire.  Des autres.  Quand la boutade devient moquerie, quand la taquinerie devient raillerie, la méchanceté n’est jamais vraiment loin.  La moquerie est la fiente de l’esprit critique et d’aucuns apprécient de lâcher leur excrément contempteur sur les autres.

Coup de pattes et coups de griffes se succédaient avec une belle régularité : voilà des messieurs de bonne compagnie, aux talents avérés et révérés, qui se conduisaient comme des aristarques zélés. Perdu au milieu de ces attaques critiques, effaré par autant de cruauté, Paul Léautaud a lâché un laconique : ‘on rit mal des autres, quand on ne sait pas d'abord rire de soi-même’.  Cela eu le don de tempérer les ardeurs combattives.  Les Chinois ont coutume de dire que la raillerie est l’éclair de la calomnie.  Et quand je vois ces intelligences séculaires faire preuve d’un tel esprit moqueur, je me dis que ce ne sont que des cœurs petits, malgré leur valeur intrinsèque.  Le Paradis aigrirait-il son bonhomme ?

Si une telle pagaille peut être provoquée ici, qu’en est-il au Royaume des Vivants ?  Bienheureux celui qui a appris à rire de lui-même : il n'a pas fini de s'amuser !  Si la fine raillerie est une épine qui a conservé un peu de parfum de la fleur, la réalité des faits est bien différente :  se moquer des défauts des autres, ironiser cruellement sur la différence des autres, c’est un rempart  et une forme de défense contre ses propres défauts et ses complexes.  On rit de ce qu’on ne connait pas vraiment et l’Etre Humain déteste rien moins que l’on se moque de lui, alors que se gausser des autres lui semble une évidence. 

Le calme étant revenu sur mon nuage, tout en savourant un excellent havane, La Bruyère affirma que la moquerie est souvent indigence de l’esprit.  Les piteux critiques ne purent qu’approuver.  Si Sophocle affirmait qu’il n’y a rien de plus agréable que de se moquer de son ennemi, la belle raillerie doit rester, dans les discours, ce que le sel est dans les viandes.  Un rehausseur de goût, sans plus. La dérision est peut-être un rempart contre la solitude. En effet, les moqueurs veulent un public, et celui qui en est la victime est toujours seul.  De toute façon, il ne faut pas se moquer de la peine du voisin, car la vôtre peut arriver le lendemain matin.

A bientôt, les Mortels !

11/10/2008

782ème jour au Paradis..

Samedi…

 

automne_vie

 

Dans un ciel uniformément bleu où seul le blanc des nuages  apporte un concert de pointillés floconneux, les Anges rêvent en couleurs.  Des flots de nuances envahissent leurs pensées, comme autant de souvenirs de leur vie passée.  Peut-être certains ont-ils connu une vie morne en noir et blanc ou en dégradé de gris mais la Nature, indifférente aux aléas de la mesquine existence humaine, continue à exploser de feux d’artifice de teintes superbes.  Et à mes yeux, la plus chamarrée, la plus extraordinaire et la plus somptueuse des saisons, reste l’automne.  Car si les saisons sont une allégorie de la vie qui passe et des jours qui s’écoulent, alors l’automne nous fait mourir de façon royale.

A l’automne des saisons, ce sont les feuilles qui meurent.  A l’automne de la vie, ce sont nos souvenirs.  Si les feuilles mortes se ramassent à la pelle, les souvenirs, eux, retournent au néant qui les a vus naître.  Là se trouve sans doute la plus cruelle des réalités pour les êtres dont l’avenir se trouve derrière eux.  La splendeur de la mort d’une année lunaire ne peut dissimuler l’angoisse qui accompagne la mort d’une vie humaine.  L’automne de la vie devrait être magnificence et panache mais dans la réalité, il en va tout autrement.  L’automne est une demeure d’or et de pluie, une saison sage et de bon conseil.  Mais il faut rester lucide : il a beau se parer, comme une vieille coquette, s'orner de feuillages pourpres ou mordorés, il n'est que leurre et trompe-l’œil     

Je suis mort dans la fleur de l’âge mais quel aurait été l’automne de ma vie si le fil de mes jours n’avait été brusquement coupé ?  Aurais-je l’amertume d’un Shakespeare, qui affirmait avoir vécu assez longtemps et pour qui, le chemin de sa vie s’était perdu dans les feuilles jaunies et séchées ? Aurais-je cet optimisme, qui affirme que la vieillesse embellit tout : elle a l'effet du soleil couchant dans les beaux arbres d'octobre ?  Le fait est que mon Intercesseur mortel se pose constamment la question, lui qui voit s’envoler les années comme se sont envolés cheveux et illusions.  Pour lui, c’est clair : l’automne, c’est cousu de moments de grâce, qui ne durent pas.

Les femmes aussi ont leurs saisons. L'été ne dure pas toujours et après l'été... Ah oui ! Les splendeurs de l'automne ! Mais combien éphémères !! Qui prend le temps de regarder et d'aimer l'automne ?  N’oublions pas que l’automne n’est pas un été qui se meurt mais bien une saison à part entière.  Il revêt des habits de fête pour célébrer une fois encore, peut-être la dernière, la vie dans toute sa splendeur.  Aimer l’automne, c’est aimer la vie.  Joubert affirmait que La vieillesse n'ôte à l'homme d'esprit que des qualités inutiles à la sagesse. Il semble que, pour certaines productions de l'esprit, l'hiver du corps soit l'automne de l'âme.

On a dit que la mort arrive après le dernier bon souvenir d’un merveilleux automne.  Mais si pour George Sand, l'automne est un andante mélancolique et gracieux qui prépare admirablement le solennel adagio de l'hiver, n’oublions jamais qu’à l’hiver de nos vies ne succède pas un printemps de renaissance.  Seule la Nature peut réussir cet exploit.  Vous comprendrez alors pourquoi tant d’Unités Carbones voient venir l’automne de leur vie avec une nostalgie poignante.   Certes, ce n’est pas la fin de tout mais ce n’est pas pour autant le début de quelque chose d’agréable.  Amis mortels, ne pensez pas à l'automne. Il viendra bien à temps, tout comme l'hiver. Profitez au contraire du bonheur que vous donnent les vrais beaux jours sous les grands arbres verts. 

A bientôt, les Mortels !

13:06 Écrit par Damabiah dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : saison, automne, mort, vie, feuilles, damabiah, pensees |  Facebook |

05/10/2008

776ème jour au Paradis...

Dimanche…

 

incompetence

 

Est-ce l’Eternité qui me reste à vivre ou les dérives suicidaires de mes frères et sœurs mortels, le fait est que j’ai les nerfs à fleur de peau et la critique acerbe, ces derniers temps.  Dennys le Cynique lui-même fait profil bas et m’évite soigneusement, de peur d’être l’objet de mon prochain courroux angélique.  Et quand je vois le pataquès humain actuel, mon caractère ne risque pas de s’améliorer, loin de là.

A la nomination d’une minorité corrompue, les Unités Carbones substituent souvent l’élection d’une majorité incompétente.  Déjà que gouverner une nation, aussi stable soit-elle, relève de la haute-voltige, si les pilotes du vaisseau n’ont même pas leur permis de conduire, alors le peuple va tout droit dans le mur.  Il ne faut pas se bercer d’illusions : bien souvent, le niveau d’incompétence est inversement proportionnel à la modestie dont font preuve ceux qui vantent leurs compétences.  Dans une hiérarchie, tout employé a tendance à s'élever au niveau de son incompétence. Et plus vous montez dans la hiérarchie, et plus grand sera le niveau d’incompétence.  L’argent et les compromissions peuvent acheter le pouvoir, mais ils n’offriront pas pour autant l’intelligence.

Le principe de l’incompétence hiérarchisée a été récemment démontré par les crises financières qui, sur Terre, ont secoué certaines banques, ces derniers jours.  Comme les hommes de pouvoir ont l’habitude de déléguer leur autorité à des subalternes incompétents, il est donc logique de penser que les chefs le sont aussi : il faut être soi-même un sacré incompétent pour choisir des incompétents à des postes-clé, ne pensez-vous pas ?  Et c’est messieurs demanderaient des indemnités de départ scandaleuses, après le séisme qu’ils ont volontairement ou involontairement provoqué ?  Tout simplement inacceptable !

L’incompétence frappe à tous les niveaux et dans tous les secteurs : ainsi, dans un gouvernement, il n’y a pas que des salauds : il y a surtout des incompétents. Malheureusement, les politiciens mortels sont soit incompétents, soit corrompus. Quelquefois les deux en même temps, le même jour.  Et, pour justifier leur incompétence (qu’ils ne reconnaîtront jamais), ils se cacheront derrières des excuses aussi creuses que bidons, du style ‘c’est la faute à la conjoncture économique’ ou ‘c’est la faute à pas de chance’.  Mais il ne faut pas se voiler la face : en affaire, comme en politique, la réussite est l’accession au dernier poste, c’est-à-dire à l’incompétence suprême.  Car si les gens étaient vraiment rémunérés ou promus selon leurs compétences, les Etres Humains connaîtraient une révolution en profondeur des valeurs en place et des postes à responsabilité.

L'incompétence règne dans toutes les relations et, avec le temps, elle produit très naturellement l'indifférence.  L’humain pardonne toujours et quand l’incompétence devient une façon d’être banale, on finit par l’intégrer à son quotidien.  Bruno Masure a développé un théorème intéressant sur le pistonné, fruit exotique d’arrangements entre potes et d’incompétences avérées : ‘tout protégé de la Direction plongé dans une entreprise subit une poussée de bas en haut au moins égale au volume d'incompétence déplacé’.  Bref, entre forme et fond, la forme est la compétence des incompétents.  Humains, préservez vos incompétents : vous pourriez connaître pire !

A bientôt, les Mortels !

04/10/2008

775ème jour au Paradis...

Samedi…

 

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Mais que se passe-t-il donc sur cette bonne vieille planète Terre ?  Je l’ai quittée depuis plus de deux ans et déjà, je ne la reconnais plus.  Pollution, corruption, révolutions, exterminations semblent rythmer le quotidien humain et alimenter la presse.  Il semble que mes semblables soient entrés dans une spirale maudite de violence, de haine, d’irrespect et d’incivisme que rien ne semble pouvoir freiner.

Un des derniers bastions de la paix, du savoir et du respect est en train d’être anéanti par des hordes de jeunes gens qui n’ont pour seule raison d’être que l’insolence, la colère et  le désœuvrement.  L’école est attaquée et ses maîtres martyrisés.  Au nom de quoi, je vous le demande ?  La société moderne a inconsidérément responsabilisé des adolescents mal préparés et leur a stupidement offert un statut d’adultes en miniature qu’ils ne sont pas.  Ils pensent en adultes mais agissent encore comme des enfants.  Pas toujours très sages.  Ils se prennent vraiment au sérieux mais jamais un ado n’agira pleinement en adulte ; s’y essayer, c’est se casser les dents et risquer le ridicule.  Leurs aînés ont ouvert la boîte de Pandore et ces jeunes, qui veulent vivre comme des adultes mais qui ne pensent que comme des gamins, sont devenus un fléau, un danger réel pour la société.

J’ai toujours dans la tête cette citation d’Ernest Renan : ’une école où les écoliers feraient la loi serait une triste école’.  Malheureusement le pire semble bien être arrivé, avec des rapports de force qui ont brutalement été modifiés.  Exit donc la bienveillante et parfois sévère autorité paternaliste des enseignants et des éducateurs, adieu le respect des maîtres.  Aujourd’hui, c’est comme si c’étaient les parents qui dictaient la cadence et qui dirigeaient les établissements scolaires.  Et leurs enfants mènent le bal.  Quand la violence devient le seul langage utilisé, nous sommes alors en présence d’un sinistre et évident constat d’échec.  Désormais, si vous voulez être respecté, commencez par être respectable et, en outre, assez costaud pour imposer le respect.

Les professeurs tabassés, les enseignantes violées, les maîtres menacés sont autant d’innocentes victimes d’une nouvelle forme de scolarité : le pouvoir aux menaces et à la brutalité.  Ce qui est le plus négligé dans nos écoles est justement ce dont nous avons le plus besoin dans la vie : respect de ses aînés et de ses condisciples, contrôle de soi et déférence envers les études, aussi fastidieuses soient-elles.  Mais trop de contraintes, trop de travail, trop de trop, pour nos chères têtes blondes les ont dégoûtés.  Eux qui n’ont des enseignants et des éducateurs que la seule image de l’autorité et de la répression.  Dans une civilisation de loisirs, où tout leur semble acquis, où il suffit qu’ils gémissent, hurlent ou tapent du pied pour obtenir tout ce qu’ils désirent, travailler est un mot barbare que les jeunes utiliseront avec parcimonie.

L’école du Savoir n’est plus.  Elle a été remplacée par une zone de guérilla urbaine, où enseigner est un combat de tous les instants.  Et où survivre devient le credo.  Loin des écoles-ghettos, les Mortels devraient lutter pour un retour aux valeurs qui ont fait les mérites de l’enseignement.  Les lois de la rue ne devraient pas franchir les grilles des établissements.  Victor Hugo avait coutume de dire que les maîtres d’école sont les jardiniers de l’intelligence.  Au vu des événements récents, un peu partout dans le monde, le jardinage n’a plus la cote.  Et l’intelligence semble avoir déserté le cerveau des adolescents depuis un bon moment.

A bientôt, les Mortels !