01/11/2008

803ème jour au Paradis...

Samedi…

politique_de_l_egoiste

Le Paradis est socialiste, tout le monde y soutient tout le monde, chaque ange est à l’écoute de son prochain (qui peut être son actuel ou son précédant).  Le Paradis est communiste, les Bienheureux y font tous cause commune contre les aléas et les vicissitudes de la vie des pauvres Mortels que nous ne sommes heureusement plus. Mais le Paradis est aussi républicain, laïque et démocratique.  Nous sommes faits pour partager, quoi que nous soyons partagés sur la question : une forme embryonnaire d’égoïsme a tendance à nous envahir quand à la notion de partage : je ne partagerais certainement pas ma Sarah avec mon voisin. Fût-il le plus éminent des Archanges !

L’égoïsme est une forme subtile de jalousie et le promoteur du sens de la propriété.  Physique, intellectuelle ou morale.  C’est aussi un trait de caractère propre aux primates évolués que nous sommes : sans l'appui de l'égoïsme, l'animal humain ne se serait jamais développé. L'égoïsme est la liane après laquelle les hommes se sont hissés hors des marais croupissants pour sortir de la jungle.  Aucune Unité Carbone ne peut affirmer ne pas avoir été égoïste au moins une fois dans sa vie.  Et encore, je vise large car je pense que l’égoïsme, c’est un Moi de 365 jours.

Un égoïste est un être dénué de respect pour l’égoïsme des autres.  Celui-ci peut, tout de même, prendre des formes délicieuses quand il est partagé : Madame de Staël a écrit que l’amour est un égoïsme à deux.  Mais c’est bien le seul cas où il porte à sourire, voire à s’attendrir.  En fait, il aspire à la solitude pour mieux dynamiter la cellule sociale.  L’égoïste est sûr de son bon droit, puisqu’il en sera le seul bénéficiaire.  Poison de l’amitié et fossoyeur des familles, l’égoïsme plait parce qu’il ne demande pas d’effort. 

L’égoïste passe son temps à se plaindre de l’égoïsme des autres, sans s’apercevoir du sien.  Aveugle, sourd et muet à autre chose qu’à lui, c’est l’handicapé social par excellence.  George Sand a dit qu’il n’y a pas de vrai bonheur dans l’égoïsme.  Il n’est pas l’amour de soi mais une passion désordonnée de soi.  La seule échappatoire reste une charité bien ordonnée qui commencera par un égoïsme muselé.  Quels sacrifices attendre, quels renoncements espérer dans la poursuite d'un bien commun, quand l'égoïsme est roi ?

L'égoïsme ne consiste pas à vivre comme on en a envie, mais à demander aux autres de vivre comme on a soi-même envie de vivre.  L’individualisme forcené de certains individus, outre l’égoïsme de base, peut prend d’autres formes, telles l’égotisme, attitude déplorable du ‘moi-je’ ou l’égocentrisme.  L’égocentrique a des critères de vie autrement plus complexes que ceux du tout-venant.  Son univers n’est composé que d’une seule planète autour de laquelle doivent graviter des satellites choisis avec soin.  Et les habitants de ces satellites ne seront jamais invités à poser un pied sacrilège sur le sol de la planète-mère.

Tout cela pour en venir au fait que le Paradis est loin d’être parfait, à l’image de ses habitants.  Tant qu’il restera une parcelle d’humanité dans nos cœurs d’Anges, l’égoïsme y aura sa place et la propriété privée restera d’actualité.  Dommage pour les idéalistes qui voyaient déjà en la Céleste Demeure la forme ultime du partage de soi…et des autres !

A bientôt, les Mortels !

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