02/11/2008

804ème jour au Paradis...

Dimanche…

memoire_d_un_ange

Un jeune Bienheureux, fraichement débarqué de son enveloppe mortelle, me demandait avec angoisse quel est l’organe essentiel de leur corps que les Anges tiennent à préserver à tout prix, une fois dans l’Au-Delà.  Réponse simple : le cerveau, berceau de nos souvenirs, écrin de nos connaissances et métronome de nos sentiments, car même Ici, les émotions nous submergent encore, non plus avec la même intensité qu’autrefois mais avec suffisamment de vigueur pour ne pas nous faire oublier notre humanité passée.    

Peut-on se souvenir de tout ? Notre mémoire est-elle fiable à cent pour cent ?  Le traumatisme de la mort en oblitère une partie mais les souvenirs restent un point d’ancrage important pour supporter l’Eternité.  Je l’ai déjà dit, je me répète mais il est essentiel de le rappeler.  Bien que l’encre la plus pâle vaille mieux que la meilleure mémoire, il n’en demeure pas moins qu’elle reste le meilleur appareil-photo jamais réalisé.  Nous avons les souvenirs que nous méritons, alors Unités Carbones, faites le plein de pensées agréables et d’impressions positives, que les reliques de votre vie mortelle ne se perdent pas en ombres diaphanes ou en ressouvenances grises et ternes.

La mémoire est une amie capricieuse : elle ne se souvient pas des jours, elle se souvient des instants ; elle est un drôle de brouillard qui rend les gens et les lieux impalpables.  Les humains pourront éponger une dette ou une faute, ils ne pourront jamais éponger la mémoire, car elle ne jettera jamais l’éponge.  Je me dis souvent qu’il n’y aura jamais assez d’heures pour venir à bout de la mémoire.  Chasser un mauvais souvenir n’est pas recommandé : un homme sans souvenirs est un homme perdu.

Mais ne vous faites pas d’illusions, Ephémères mortels : La mémoire, c'est comme les amis ; elle vous laisse souvent tomber au moment où on a le plus besoin.  Et y'a pas plus garce.  Ca te prive, mais tu ne sais pas de quoi.  Si le Grand Ordonnateur (loué soit son nom) a mis une mémoire dans l'âme des hommes, c'est autant pour oublier que pour se souvenir.  Encore faudrait-il qu’ils en fassent bon usage et là, ce n’est pas gagné d’avance.  Ils aiment à répéter sans cesse les mêmes erreurs, comme si leur mémoire leur jouait des tours, alors qu’en fait, ils oublient ce qu’ils veulent bien oublier et qui épouse leurs intérêts.

Pierre Dac a résumé (façon de parler) la difficulté rencontrée à employer sa mémoire à bon escient : ‘rien n'est plus agaçant que de ne pas se rappeler ce dont on ne parvient pas à se souvenir et rien n'est plus énervant que de se souvenir de ce qu'on voudrait parvenir à oublier’.  Vous suivez ?  En effet, oublier d’oublier n’est pas toujours facile mais ne pas oublier d’oublier l’est tout autant.  Une fois en paix avec sa mémoire, quelle chose admirable, ces souvenirs qui affluent quand ils veulent et que nous ne pouvons évoquer quand nous le voulons !

Charles Péguy m’a dit un jour que le vieillissement est essentiellement une opération de mémoire. Or c'est la mémoire qui fait toute la profondeur de l'homme.  Et la mort ne fait qu’intensifier le devoir de mémoire, sans lequel nous ne serions que de purs esprits éthérés, sans but, sans passé ni présent.

A bientôt, les Mortels !

14:02 Écrit par Damabiah dans Humour | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : damabiah, humour, memoire, souvenirs |  Facebook |

Commentaires

*oo* Il y a une très jolie phrase de G.Moustaki tirée de la chanson "la mémoire", justement :
Je voudrais perdre la mémoire
pour ne plus changer de trottoir
quand je croise mes souvenirs.

Et on se rappelle plus facile le dégoût que la tendresse,
c'est drôle ça non...

Bisous Alex, belle soirée

Écrit par : Loo | 02/11/2008

bjr,
on a les souvenirs qu'on mérite..

Écrit par : Youri | 04/11/2008

Les commentaires sont fermés.