29/11/2008

831ème jour au Paradis...

Samedi…

peuple_de_l_eau

Ils sont les branchies de la Terre, ils sont parmi les plus anciens habitants à peupler la Planète Bleue.  Ils vivent, dans l’élément liquide, ce que les autres animaux vivent sur la terre ferme.  Car, à part les pigeons, les faisans, les perdreaux et les palombes, la gent ailée a toujours été épargnée par la voracité des appétits mortels.  Alors, chasse aux terrestres et aux aquatiques.  Il faut bien chercher la viande, là où elle est facile à attraper.  Avec les conséquences qui en découlent sur nos frères inférieurs les poissons.

En ces temps troublés, il n’est pas bon se sentir comme un poisson dans l’eau.  Si, de toute éternité, les chondrichtyens, les sélaciens et autres ostéichtyens ont cohabité avec les hommes, leur offrant comme nourriture les vieux, les malades et les distraits de leurs bancs, les choses ont bien changé depuis.  Les humains ne pêchent plus, ils exterminent.  Les humains ne gèrent plus, ils gaspillent.  Et ils auront beau essayer de noyer le poisson, rien n’y fera : finis les gros poissons.  Les pêcheurs ne cesseront pas de se faire engueuler comme du poisson pourri pour leur gestion désastreuse de la mer et leur profession risquera de se terminer en queue de poisson.  Bien fait pour eux.

Qu’y a-t-il de plus beau à regarder : un poisson mort qui peut flotter dans le sens du courant ou un poisson vivant qui peut nager à contre-courant ?  Car là où la pêche intensive fait des coupes sombres dans la population aquatique maritime, la pollution en fait de même avec la population des fleuves, lacs et rivières.  Monsieur de La Fontaine avait beau dire que petit poisson deviendra grand, encore faut-il qu’on lui en laisse le temps et la possibilité.  Quand le poisson est servi dans votre assiette, Mortels, vous oubliez la nasse, le filet ou le harpon qui l’ont capturé.  De plus en plus de poissons d’élevage et de moins en moins de poissons de leur milieu naturel : c’est un peu comme les animaux nés dans un zoo et qui ignorent tout de leurs contrées d’origine.

Nous sommes tous des poissons.  En ce qui me concerne, je suis hareng ascendant mayonnaise.  Et vous ?  Dans les temps immémoriaux, nos ancêtres se débattaient dans l’élément liquide et s’appelaient alevins ou têtards.  Donc, quelque part, nous sommes des cannibales rétrospectifs, quand nous savourons une truite aux amandes, une raie au beurre noir ou un filet de hareng mariné.  Les poissons se font rares ?  Normal, ils deviennent susceptibles : en présence du moindre hameçon ou du plus petit filet, ils prennent facilement la mouche.  De plus, si nous envoyons au fond de la mer toute la médecine et toutes les cochonneries que nous utilisons, ce sera tant mieux pour nous et tant pis pour les poissons.  Ceux-ci ne nous diront certainement pas merci !

Louis de Funès
affirmait qu’il avait abandonné la pêche le jour où il s’était aperçu qu'en les attrapant, les poissons ne frétillaient pas de joie.  Personne ne peut résister à la lucidité cruelle du regard des poissons morts mais pour éviter ce malaise, la plupart des Unités Carbones achètent désormais des poissons déjà préparés.  Et pourtant, soyons honnêtes : si les hommes avaient mis le bonheur au-dessus de tout, il seraient restés poisson ou même moins.

A bientôt, les Mortels !

13:53 Écrit par Damabiah dans Coup de gueule | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mer, fleuve, riviere, peche, damabiah, pensees, poissons |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.