30/11/2008

832ème jour au Paradis...

Dimanche…

pouvoir_des_fleurs

Elles tapissent nos nuages, elles parfument notre Eternité et elles nous offrent un merveilleux concert de teintes et de nuances dont nous ne nous lassons pas.  Les fleurs sont au Paradis ce que les auréoles et les ailes sont aux Anges : un accessoire indispensable à la bonne marche des affaires.  Nous les croyons petites, elles sont discrètes ; nous les croyons sauvages, elles sont naturelles ; nous les croyons envahissantes, elles sont luxuriantes.

Leur pouvoir est immense : elles excitent l’imaginaire, elles appellent les commentaires, elles bouleversent les émotions.  Dotées d’un langage bien à elle, elles sont également douées d’intelligence.  Elles ont conquis la nature, les cœurs, les pensées et l’imagination des Hommes, quand ceux-ci sont à court d’idées.  Je n’en veux pour preuve que l’immense fichier que je consulte régulièrement et où sont répertoriés les Bienheureux de la Céleste Demeure.  Combien de prénoms (essentiellement féminins), soufflés par mesdames les fleurs je ne croise pas !  Par moment, ce n’est plus un ‘Who’s who’ paradisiaque que je compulse mais plutôt un herbier… Et il est amusant de comparer les prénoms floraux et leur signification à des figures célèbres de l’Eden.  Jugez plutôt.

A la reine des fleurs, l’honneur de débuter : la rose.  Symbole de l’amour et de la passion dans toute la gamme des tons, sauf pour le jaune.  Jamais fleur aux épines acérées n’aura mieux été porté que par Rosa Luxembourg.  Rouge jusqu’au sang, même si la mort lui a ôté une grande part de son agressivité communiste, elle est restée une belle plante agressive.  Mais toutes les Rose, Rosalie, Rosie, Rosita et Roseline de l’univers ne sont pas aussi sauvages.   Heureusement !

Il y a aussi la marguerite : grande fleur blanche et élancée, symbole de la pureté du grand amour.  Marguerite Yourcenar n’entre pas vraiment dans ce schéma et quelques Marguerite du Paradis ont un accent chantant au teint crème ou chocolat au lait.  Et elles sont cousines des Greta, Gretel, Margot et Marjorie.  Violette, amour caché, amour timide n’est pas en reste : si elles sont menues et mignonettes, avec ce charme suranné qui sied aux prénoms désuets et un peu oubliés, elles partagent leurs origines avec les Yolande.  Et que pensent les Jasmine, Yasmine et autres Yasmina, fleurs du jasmin, odorant et capiteux, symbole d’amour voluptueux ?      

Les Laure, Laura, Laurence et Laurie doivent beaucoup au laurier, triomphe de l’amour ; les Eglantine, poésie du printemps, autre prénom un peu oublié mais ô combien charmant voisinent avec les Lily, Liliane, Suzanne et Suzie, toutes héritières du lys, fleur noble par excellence.  Les Marjolaine, allégorie de la consolation fleurissent aux côtés des Iris, marque d’un cœur tendre, des Hortense (merci l’hortensia), des Angélique et des Véronique.  La vérité est que cette passion pour les bébés-fleurs s’estompe doucement, au profit de prénoms plus exotiques.  Les parents actuels aiment démarquer leur progéniture du commun des mortels.  Quitte à leur coller un nom de baptême que certains traîneront toute leur vie comme un boulet.

Les versions florales étrangères nous sont familières quoique peu attractives : les Daisy (marguerite), Poppy (coquelicot), Cinammon (cannelle), ou autres Holly (houx) anglo-saxonnes fleurissent avec les Mulan (magnolia) chinoises ou les Nasreen (rose) perses.  Mais chaque femme est une fleur en elle-même, quelque soit son prénom.

A bientôt, les Mortels !

29/11/2008

831ème jour au Paradis...

Samedi…

peuple_de_l_eau

Ils sont les branchies de la Terre, ils sont parmi les plus anciens habitants à peupler la Planète Bleue.  Ils vivent, dans l’élément liquide, ce que les autres animaux vivent sur la terre ferme.  Car, à part les pigeons, les faisans, les perdreaux et les palombes, la gent ailée a toujours été épargnée par la voracité des appétits mortels.  Alors, chasse aux terrestres et aux aquatiques.  Il faut bien chercher la viande, là où elle est facile à attraper.  Avec les conséquences qui en découlent sur nos frères inférieurs les poissons.

En ces temps troublés, il n’est pas bon se sentir comme un poisson dans l’eau.  Si, de toute éternité, les chondrichtyens, les sélaciens et autres ostéichtyens ont cohabité avec les hommes, leur offrant comme nourriture les vieux, les malades et les distraits de leurs bancs, les choses ont bien changé depuis.  Les humains ne pêchent plus, ils exterminent.  Les humains ne gèrent plus, ils gaspillent.  Et ils auront beau essayer de noyer le poisson, rien n’y fera : finis les gros poissons.  Les pêcheurs ne cesseront pas de se faire engueuler comme du poisson pourri pour leur gestion désastreuse de la mer et leur profession risquera de se terminer en queue de poisson.  Bien fait pour eux.

Qu’y a-t-il de plus beau à regarder : un poisson mort qui peut flotter dans le sens du courant ou un poisson vivant qui peut nager à contre-courant ?  Car là où la pêche intensive fait des coupes sombres dans la population aquatique maritime, la pollution en fait de même avec la population des fleuves, lacs et rivières.  Monsieur de La Fontaine avait beau dire que petit poisson deviendra grand, encore faut-il qu’on lui en laisse le temps et la possibilité.  Quand le poisson est servi dans votre assiette, Mortels, vous oubliez la nasse, le filet ou le harpon qui l’ont capturé.  De plus en plus de poissons d’élevage et de moins en moins de poissons de leur milieu naturel : c’est un peu comme les animaux nés dans un zoo et qui ignorent tout de leurs contrées d’origine.

Nous sommes tous des poissons.  En ce qui me concerne, je suis hareng ascendant mayonnaise.  Et vous ?  Dans les temps immémoriaux, nos ancêtres se débattaient dans l’élément liquide et s’appelaient alevins ou têtards.  Donc, quelque part, nous sommes des cannibales rétrospectifs, quand nous savourons une truite aux amandes, une raie au beurre noir ou un filet de hareng mariné.  Les poissons se font rares ?  Normal, ils deviennent susceptibles : en présence du moindre hameçon ou du plus petit filet, ils prennent facilement la mouche.  De plus, si nous envoyons au fond de la mer toute la médecine et toutes les cochonneries que nous utilisons, ce sera tant mieux pour nous et tant pis pour les poissons.  Ceux-ci ne nous diront certainement pas merci !

Louis de Funès
affirmait qu’il avait abandonné la pêche le jour où il s’était aperçu qu'en les attrapant, les poissons ne frétillaient pas de joie.  Personne ne peut résister à la lucidité cruelle du regard des poissons morts mais pour éviter ce malaise, la plupart des Unités Carbones achètent désormais des poissons déjà préparés.  Et pourtant, soyons honnêtes : si les hommes avaient mis le bonheur au-dessus de tout, il seraient restés poisson ou même moins.

A bientôt, les Mortels !

13:53 Écrit par Damabiah dans Coup de gueule | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mer, fleuve, riviere, peche, damabiah, pensees, poissons |  Facebook |

23/11/2008

825ème jour au Paradis...

Dimanche…

cuisine_des_anges

L’humanité qui habite encore les Anges du Paradis n’est pas nécessairement mémorielle, sentimentale ou comportementale.  Elle est aussi gourmande.  Un cœur mortel peut lâcher, un cerveau humain peut arrêter de fonctionner, les membres peuvent décider de ne plus bouger mais les papilles resteront actives, attentives à toute variation alimentaire.  Le Grand Ordonnateur (loué soit son nom) a bien compris qu’un homme civilisé ne peut vivre sans cuisiner : une bonne cuisine est l’engrais d’une conscience pure.  Ainsi, nous a-t-il laissé notre appétit, notre soif et notre gourmandise.  Les kilos en moins.  Que demande le peuple ?

La Table…endroit de détente et de convivialité par excellence... C'est pourquoi, il faut également utiliser son imagination pour venir compléter les efforts de la cuisine.  Servir et être servi, recevoir et être reçu.  Bons ou moyens, confirmés ou débutants, devant leurs fourneaux, tous les Anges sont des chefs qui rêvent de briller.  Le Paradis est une table ouverte, un grand restaurant où se côtoient les saveurs et les recettes de la vie d’’avant’.  Ici, la cuisine est devenue une forme sérieuse d’art et un sport national.  C’est un cadeau à partager et l’emballage doit être à la hauteur du présent offert.  Tous les cordons-bleus du monde vous le diront : la cuisine est une science noble et les cuisiniers sont tous des gentilshommes de la marmite, de la casserole et de la poêle.

Pour bien cuisiner il faut de bons ingrédients à préparer, un palais à satisfaire, du coeur à travailler et des amis à combler.  Pas d'artifice en cuisine pour déguiser une nourriture sans goût.  Le cuisinier est seul, face à sa recette et à la tyrannie de son inspiration; la saveur de ses préparations n’en sera qu’exacerbée si le travail est à la hauteur et si ses convives apprécient ses efforts à leur juste valeur. Une cuisine est toujours nouvelle quand elle est bonne mais pas toujours bonne quand elle est nouvelle.  D'où que viennent mes hôtes, c'est ma cuisine qu'ils semblent préférer, prétend un dicton américain.  Et Sacha Guitry de préciser qu’ un livre de cuisine, ce n'est pas un livre de dépenses, mais un livre de recettes.

C'est un vieil art que la cuisine car il remonte jusqu'à Adam, et sa fameuse pomme déconfite.  C'est dans la cuisine que vous verrez si les gens communiquent vraiment avec vous : en dehors du lit, c'est le seul endroit de la maison qui soit vraiment intime.  Cuisiner, c’est une alchimie d’ingrédients épars qui, une fois réunis par un dosage, un équilibre et une cuisson secrets, donneront naissance à une explosion de sensations olfactives, gustatives et visuelles uniques.  Cuisiner, c’est inventer ; cuisiner, c’est aimer.  Le principal ingrédient pour toute une bonne cuisine familiale est l'amour ; l'amour envers ceux pour qui vous cuisinez.

Chaque nation aime sa cuisine. Elle la considère comme la meilleure de toutes. Chacune a raison, car elle ne peut s'en passer.  Le Paradis, c’est l’Organisation des Nation Unies du goût et de la gourmandise.  Point de casques bleus, Ici.  Nous n’avons que de cordons bleus et faire la paix avec son estomac et plus rentable que faire la guerre avec des armes.  On n'a jamais vu un régime politique renverser une cuisine nationale, n’est-ce pas ?  Je terminerai par une pensée chauvine de Frédéric Dard : ‘nous possédons la meilleure cuisine, les meilleurs vins et les meilleurs coïts de la Création, ça suffit pour établir la différence’.

A demain, les Mortels !

22/11/2008

824ème jour au Paradis...

Samedi…

FaceBook

C’est un fait que depuis qu’Internet existe, notre bonne vieille planète Terre est devenue un village universel où les distances sont aplanies.  Oui mais voilà : si les Unités Carbones sont devenues championnes des relations internationales, elles ont aussi oublié, occulté ou abandonné les simples contacts nationaux, régionaux ou locaux.  Pire : le temps est un fossoyeur de relations et les amis d’hier font les souvenirs d’aujourd’hui.

Qu’à cela ne tienne : un nouveau phénomène vient mettre de l’ordre dans le grenier des connaissances d’autrefois des Mortels, tout en rangeant soigneusement leurs amis actuels et agrandissant les nouveaux, joyeux inconnus et inconnues jusqu’alors et qui, par la magie de la Toile, deviennent des relations, des copains ou des copines et plus, si affinité.  Deux sites raflent le marché du ‘perdu de vue-qui veut se retrouver’ : FaceBook et MySpace.  Développés pour être des trombinoscopes à la sauce Web2.0, sortes de mini-blogs rudimentaires à usage précis, ils ont vu leur fonction augmenter, au point de devenir un condensé virtuel de l’univers de leurs utilisateurs.

C’est par l’intermédiaire de mon Intercesseur terrestre que j’ai découvert FaceBook.  On s’y fait des amis à la vitesse v-v’ et on accède à un monde de petits modules aussi variés qu’inutiles.  Et c’est cela qui fait la force de ce site : c’est autant un album-photo pour trentenaires, quadragénaires et quinquagénaires nostalgiques qu’un magazine people, bourré de fans et de quizz débiles, hilarants ou pointus.  C’est autant une plateforme politique, sociologique et environnementale qu’un terrain pour petits jeux délassants.  Bref, c’est un condensé de la vie humaine actuelle, dans toute sa splendeur.  Et surtout, c’est ce qu’on appelle, dans le jargon des internautes un buzz.  Et pas un petit, croyez-moi !  Tout le monde veut y être, y paraître.  Depuis les politiques jusqu’aux journalistes, en passant par certaines célébrités.

Car c’est là l’originalité et la grandeur de FaceBook : son universalité.  Toutes les classes de la société s’y côtoient ; toutes les races, toutes les couleurs et toutes les religions.  Avec une honnêteté quasi générale : pas de pseudos alambiqués mais bien son nom et son prénom (n’est-ce pas le but premier que de tenter de retrouver un nom bien précis ?) et quelques renseignements d’ordre privés qui rendent ce site…humain.  Bien sûr, il y a de grosses arnaques et certains naïfs croient avoir réellement come ami(e) une grosse pointure du show-business.  Mais c’est le lot de la virtualité d’engendrer des tricheurs, des magouilleurs et des profiteurs.  La prudence reste toujours de mise.

Mais quelle émotion cela doit-être de retrouver quelqu’un après trente ans de silence.  Quelle surprise de voir des photos récentes de quelqu’un dont on a gardé un souvenir précis dans un coin de son cerveau.  Quel bonheur de reprendre contact et même de s’échanger des banalités : elles ont le goût des retrouvailles et cela n’a pas de prix.  Cela me donnerait bien des idées pour le Paradis si nous n’avions pas déjà un registre d’entrée informatisé que nous pouvons consulter à tout moment.  Et nous pouvons voler à tire d’aile jusqu’à la personne recherchée.  Mais je me pose une question : comme toute entreprise Internet qui fonctionne, encore combien de temps avant que les Humains ne doivent mettre la main au portefeuille pour rester sur ce site ?

A bientôt, les Mortels !

16/11/2008

818ème jour au Paradis...

Dimanche…

mecanique_des_inventions

Ce qui fait la supériorité de l’espèce humaine sur ses sœurs inférieures, c’est le don d’inventions, aussi remarquables que bizarres, aussi essentielles qu’inutiles, aussi pratiques que farfelues.  Tout est invention dans le monde des Unités Carbones : la haine a inventé l’amour, la paix a inventé la guerre et le travail a inventé le week-end.

Dans leur précipitation à voir dans les Humains les maîtres de l’Univers, les savants d’autrefois ont doctement  déclaré que L’Homme avait ‘inventé’ le feu.  En fait, le feu existait déjà bien avant lui et le seul mérite qu’il a eu a été de le domestiquer.  Les Mortels conservent, parce qu'ils sont faits pour conserver ; mais ils n'inventent pas, parce qu'on n'invente pas en corps. Tous perfectionnent ce qu'un seul invente.  D’ailleurs, la notion d’invention est tellement importante dans l’inconscient collectif qu’un découvreur de trésor sera immédiatement considéré comme un inventeur.  C’est le terme officiel utilisé.

Chaque homme s'invente lui-même. Mais c'est une invention dont il ne connaît pas le terme et dont il a égaré le mode d’emploi avec les précautions d’utilisation.  Chaque homme est un inventeur qui s’ignore, depuis les alibis qu’il s’invente pour expliquer à sa femme son retard inexplicables jusqu’aux prétextes qu’il invente pour justifier toutes ses erreurs, tous ses méfaits.  Le quotidien ne s’invente-t-il pas, avec mille manières de braconner ?  Demain est moins à découvrir qu’à inventer mais les Ephémères s’inventeront milles raisons de ne pas trop réfléchir aux défis qui les attendent.  La société moderne a inventé l’oisiveté, mère de l’inventivité en matière de manque d’invention.

L’Homme, en s’inventant des dieux, s’est aussi inventé des démons.  Leurs dieux aimèrent les oiseaux et inventèrent les arbres.  Les hommes aimèrent les oiseaux et inventèrent les cages.  Ainsi en va-t-il de l’espèce humaine, qui en créant les bateaux, inventa également les naufrages.  Mais surtout, surtout, les hommes ont inventé le destin afin de lui attribuer les désordres de l'univers, qu'ils ont pour devoir de gouverner.  Il est utile aussi de rappeler que de sentiments gris et mornes peuvent surgir de bien belles inventions : l'ennui fait le fond de la vie, c'est l'ennui qui a inventé les jeux, les distractions, les romans et l'amour.  Que l’ennui en soit remercié !

Parfois, les exégètes se posent des questions sur le comment du pourquoi ou sur le pourquoi du comment.  Ainsi, ne peut-on pas penser, d’une façon plus légère, que les hommes ont inventé la guerre pour y être sans les femmes et entre hommes ?  Ou que les talons hauts ont été inventés par une femme que l'on embrassait toujours sur le front ?  De toute façon, les Ephémères devraient honorer au moins un inventeur génial : celui qui inventa le sommeil !  A contrario, aucun animal n'a jamais inventé rien d'aussi navrant que d'être saoul, ni rien d'aussi épatant que de boire.

Qui comprend, invente.  Tristan Bernard a joliment dit que le baiser sur les lèvres a été inventé par les amants pour ne pas dire de bêtises.  N’est-ce pas là la preuve que des inventions peuvent faire plaisir ?

A bientôt, les Mortels !

13:26 Écrit par Damabiah dans Humour | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : invention, inventions, damabiah, humour |  Facebook |

15/11/2008

817ème jour au Paradis...

Samedi…

tolerance_mode_emploi

L’Univers est en expansion constante, le monde change.  Mais qu’en est-il des mentalités ?  Les Unités Carbones sont-elles parvenues à progresser, à laisser tomber l’intolérance (sous quelque forme que ce soir) et la barbarie ?  Qu’en est-il de ces petits bouts d’humanité qui sont comme autant d’atolls isolés dans un océan d’égoïsme, de négation et de désintérêt ?   La tolérance est-elle devenue vertu cardinale ou faudra-t-il attendre la prochaine mutation génétique humaine pour voir surgir des individus sans œillères ni a priori ?

Le meilleur aboutissement de la bonne éducation est la tolérance.  Le jour où les Hommes comprendront que leur véritable nationalité, c’est l’humanité, alors ils auront fait un pas vers leur rédemption.  Le Paradis est rempli de Bienheureux qui, sans le savoir, étaient bien malheureux de souffrir de ce sentiment mauvais mais somme toute banal qu’est l’intolérance.  Car, tel un caméléon, il se camoufle sous les formes les plus inattendues.  Certes, racisme, xénophobie et intolérance politique et religieuse en sont les aspects les plus communs, la face émergée de l’iceberg. Cependant, sous la glace se dissimulent d’autres sectarismes, moins rudes mais tout aussi intolérables : le rejet des personnes du troisième âge, le mépris d’un manuel envers un intellectuel ou vice-versa et, plus anecdotique et tout aussi réel, l’intolérance à un aliment, à un textile, à une couleur, à une musique ou à une mode.

Martin Luther King, chantre de la tolérance, a dit un jour que nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots.  Ce n’est pas en se méprisant, en se haïssant et en se combattant que l’Etre Humain parviendra à résoudre les problèmes devant lesquels il est confronté.  Colère et intolérance sont les ennemis d’une bonne compréhension.  Et à quoi bon parler et discourir si personne ne veut se donner la peine d’écouter ?  La tolérance commence par le respect de l’autre, de ses silences, de ses colères, de ses envies.  Il n’est pas demandé d’embrasser les convictions ou les goûts de son prochain : il est simplement demandé d’accepter que quelqu’un d’autre puisse ne pas être comme soi.  Si vous éteignez la lumière, les couleurs disparaissent ; si vous vous taisez, les opinions s’évanouissent ; si vous élevez votre niveau de conscience, les différences s’aplanissent.

Julos Beaucarne, ce doux poète ignoré de beaucoup a eu cette phrase magnifique : ‘ton christ est juif, ta pizza est italienne, ton café est brésilien, ta voiture est japonaise, ton écriture est latine, tes vacances sont turques, tes chiffres sont arabes et... tu reproches à ton voisin d'être étranger !’.  Quel meilleur discours pour la tolérance que celui-ci.   N’ayez de l’intolérance que vis-à-vis de l’intolérance, le racisme, le manque de tolérance caché sous l'arrogance, les guerres et leurs conséquences, marquent l'histoire de nos pays.  Ici-Haut, nous sommes bien conscients qu’il est bien difficile, dans le concert mondial actuel de fausses notes à répétition, de promouvoir clairement la tolérance : elle parait tout à la fois nécessaire et impossible.

Mais restons optimistes : là où tout le monde chante à l'unisson, les paroles n'ont pas d'importance.  L'enfant noir, l'enfant blanc n’ont-ils pas tous deux le sang rouge ?

A bientôt, les Mortels !

13:33 Écrit par Damabiah dans Coup de gueule | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : intolerance, damabiah, pensees, tolerance |  Facebook |

09/11/2008

811ème jour au Paradis...

Dimanche…

ronde_des_presidents

Permettez que je vous présente le dernier-né des clubs privés paradisiaques.  Imaginez un bâtiment de style victorien, lambrissé d’essences rares et précieuses, au parquet impeccablement ciré, aux vastes pièces lumineuses, où règne une atmosphère propice à la méditation, à la dégustation d’un bol d’air millésimé ou d’un havane de grande naissance et aux conversations ouatées et instructives.  Vous aurez une petite idée de ce à quoi ressemble le Celest Club.  Aucune distinction de sexe, de race ou de couleur.  Aucun numerus clausus intellectuel ou philosophique.  Une véritable agora pour personnes calmes et civilisées.  Mais récemment, les vénérables travées ont tremblé d’un engouement fort peu policé.  Shocking !

En effet, l’intelligentsia angélique s’est passionnée pour les dernières élections présidentielles américaines.  N’y voyez pas là un sentiment politique quelconque ; non, en vérité, nous avons observé une lutte intéressante parce qu’originale : le Blanc contre le Noir, l’Ancien contre le Jeune, le Républicain contre le Démocrate.  Confrontations multiples et inédites.  Et quarante anciens présidents des Etats-Unis d’Amérique étaient réunis pour mieux suivre les débats.  Jamais auparavant, l’âme américaine n’avait battu à l’unisson avec autant de force et de passion.  Le tout dans un climat de sérénité divine qui contrastait fortement avec les tirs de mines politiques déclenchés par les Mortels.

Abraham Lincoln, toujours aussi altier, grand et faussement méprisant levait un sourcil broussailleux devant ces manœuvres parfois indélicatement utilisées.  Il lâcha un sévère ‘ils sont esclaves des résultats.  Et si l’esclavage n’est pas mauvais, rien n’est mauvais’.  Nous observions les dernières paroles assassines lâchées de part et d’autre et le sentiment général était que nous assistions à un véritable conflit.  Mais il n’y a jamais eu de bonne guerre comme de mauvaise paix, tout doit être dans la modération.  Difficile d’y arriver, dans une telle ambiance de rivalité politique exacerbée.  Entre deux bouffées de son Lonsdale, le président Eisenhower affirmait que lorsque vous faites usage de la force, même verbale, il est une chose à ne jamais faire : perdre.

Hilarité générale puis recueillement tout aussi général à l’énoncé des résultats.  Et les USA se dotent de leur premier président de couleur.  Enthousiasme chaleureux, la couleur politique s’estompant de facto devant l’éclat de cette actualité historique.  Mais pragmatiques avant tout, les anciens patrons de la première puissance mondiale cernent déjà les priorités : ‘le courage et la persévérance ont un talisman magique devant lequel les difficultés disparaissent et les obstacles s'évaporent’, affirme John Quincy Adams. ‘Mais que Barack Obama reste vigilant’, continue Ronald Reagan, ‘un gouvernement c'est comme un bébé. Un tube digestif avec un gros appétit à un bout et aucun sens des responsabilités de l'autre’.  Et tous les autres d’acquiescer.

Finalement, quarante présidents ont salué unanimement cette élection, tout en priant le ciel que leur successeur n’en arrive pas à ressembler à Richard Nixon, qui claironnait à qui voulait bien l’entendre que son point fort, si il en avait un, c'était la performance.  Il en faisait toujours plus que ce qu’il disait. Il produisait toujours plus que ce qu’il promettait.  Sacré Richard, va !

A bientôt, les Mortels !

08/11/2008

810ème jour au Paradis...

Samedi…

derive_des_sentiments

Les mortels ont tort de penser qu’un sentiment peut être uniquement fort, violent et… unique.  Dans la réalité, une foultitude d’émotions se partagent tant bien que mal l’espace cérébral et loin d’être des monolithes impressionnistes, elles évoluent, mûrissent, dérivent, apparaissent ou disparaissent au gré du temps qui passe.  Les sentiments, plus ou moins complexes, gèrent des individus qui ne le sont pas moins.

Baudelaire a eu cette fulgurance tragique : ‘le cri du sentiment est toujours absurde ; mais il est sublime, parce qu’il est absurde’.  En effet, les Unités Carbones pensent contrôler leurs sentiments, alors que ce sont ces derniers qui les contrôlent, les manipulent et les guident.  Les sentiments sont en complet accord avec la race qu’ils dominent : ils seront tour à tour magnifiques, violents, confus, discrets, touchants ou tendres.  Le sentiment n’est peut-être qu’une illusion du désir, mais bienheureux sont ceux qui le partagent.

Il est des sentiments qu’on ne peut exprimer avec des mots, des sentiments qui conduisent la raison qui fait l’homme, des sentiments qui exagèrent, au point de brouiller la faculté de raisonner.  Car les sentiments font l’être humain, au même titre que l’oxygène le fait respirer.  Sans oxygène, l’asphyxie ; sans sentiments, le néant, la non-humanité.  Et vivre avec ces émotions générées est difficile : il est plus difficile de dissimuler ses sentiments que de feindre ceux que l’on n’a pas.  Pétrarque avait coutume de dire que la raison parle et que le sentiment mord.  Aucun Ephémère ne le contredira !

Quand un sentiment est inexprimable, dupé par le désir qu’on a de l’autre, ne serait-ce pas cela de l’amour ?  Et quand un sentiment aveugle le jugement, dopé par des images d’injustice, ne serait-ce pas cela de la colère ou de la haine ?  C’est là où les sentiments se mettent lentement à dériver, car l’humain peut aimer la colère et haïr l’amour.  Confusion des sentiments, lutte acharnée entre le Bien et le Mal, conflit permanent où les sentiments se percutent et finissent anéantis.  Avoir des sentiments, c’est humain, donc normal.  Etre submergés par eux est dangereux, car les barrages invisibles et virtuels que l’Inconscient impose risquent de rompre et les digues de sensibilité et d’affectivité disparaitront dans un déchaînement de fureur et de passion.

Curieusement, ce sont les bons sentiments qui finissent par faire faire de bien vilaines choses aux Mortels.  Ecouter la voix de nos sentiments n’est pas contre-nature mais il faut parfois lutter pour qu'un sentiment guide votre vie, tout est si passager, même nos colères passent...  Ne soyez pas sentimentaux à l'égard du passé et n'ayez pas une vision trop enthousiaste de l'avenir. Scrutez, analysez, dégagez le réel et l'actuel.  Sondez vos sentiments et prenez la bonne décision.  Cela part d’un bon sentiment !  Et parfois, les sentiments que vous feindrez, vous risquez fort de les ressentir vraiment.  Alors, contrôlez vos émotions : un élan, une effusion ou une inclination peuvent très bien avoir l’effet inverse de celui que l’on recherche.

Chacun de nous sent d'instinct que les plus beaux sentiments du monde ne valent pas une seule bonne action.  Alors, laissez-vous aller à de beaux gestes.  Ce sera formidable, j’en ai le sentiment…

A bientôt, les Mortels !

04/11/2008

806ème jour au Paradis...

Mardi...

trop_cool

Je viens faire une petite incursion pour avertir mes lecteurs chéris et mes lectrices chéries qu'une nouvelle bannière étoilée (c'est d'actualité) viendra orner désormais mon blog.  Si,si, regardez bien, en haut à droite...  Pour les myopes du clavier, elle ressemble à ceci :

Jack

J'ai reçu un charmant courriel qui disait en substance ceci, je cite : 'Votre blog damabiah-ange65 a été sélectionné pour faire partie de Skynet Jack.  Vos articles seront à présent automatiquement promus sur Skynet.be.  Pour mettre en avant la qualité de votre blog, nous avons créé un badge spécialement pour vous (voir ci-dessus).  Je suis certaine que vos lecteurs seront enchantés d'apprendre que votre blog a été sélectionné. Continuez à nous surprendre avec vos excellents articles et encore félicitation!  Fin de citation.

Et voilà le Paradis mis enfin à l'honneur.

A bientôt, les Mortels !


18:52 Écrit par Damabiah dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : skynet, skynet jack, promo, damabiah |  Facebook |

02/11/2008

804ème jour au Paradis...

Dimanche…

memoire_d_un_ange

Un jeune Bienheureux, fraichement débarqué de son enveloppe mortelle, me demandait avec angoisse quel est l’organe essentiel de leur corps que les Anges tiennent à préserver à tout prix, une fois dans l’Au-Delà.  Réponse simple : le cerveau, berceau de nos souvenirs, écrin de nos connaissances et métronome de nos sentiments, car même Ici, les émotions nous submergent encore, non plus avec la même intensité qu’autrefois mais avec suffisamment de vigueur pour ne pas nous faire oublier notre humanité passée.    

Peut-on se souvenir de tout ? Notre mémoire est-elle fiable à cent pour cent ?  Le traumatisme de la mort en oblitère une partie mais les souvenirs restent un point d’ancrage important pour supporter l’Eternité.  Je l’ai déjà dit, je me répète mais il est essentiel de le rappeler.  Bien que l’encre la plus pâle vaille mieux que la meilleure mémoire, il n’en demeure pas moins qu’elle reste le meilleur appareil-photo jamais réalisé.  Nous avons les souvenirs que nous méritons, alors Unités Carbones, faites le plein de pensées agréables et d’impressions positives, que les reliques de votre vie mortelle ne se perdent pas en ombres diaphanes ou en ressouvenances grises et ternes.

La mémoire est une amie capricieuse : elle ne se souvient pas des jours, elle se souvient des instants ; elle est un drôle de brouillard qui rend les gens et les lieux impalpables.  Les humains pourront éponger une dette ou une faute, ils ne pourront jamais éponger la mémoire, car elle ne jettera jamais l’éponge.  Je me dis souvent qu’il n’y aura jamais assez d’heures pour venir à bout de la mémoire.  Chasser un mauvais souvenir n’est pas recommandé : un homme sans souvenirs est un homme perdu.

Mais ne vous faites pas d’illusions, Ephémères mortels : La mémoire, c'est comme les amis ; elle vous laisse souvent tomber au moment où on a le plus besoin.  Et y'a pas plus garce.  Ca te prive, mais tu ne sais pas de quoi.  Si le Grand Ordonnateur (loué soit son nom) a mis une mémoire dans l'âme des hommes, c'est autant pour oublier que pour se souvenir.  Encore faudrait-il qu’ils en fassent bon usage et là, ce n’est pas gagné d’avance.  Ils aiment à répéter sans cesse les mêmes erreurs, comme si leur mémoire leur jouait des tours, alors qu’en fait, ils oublient ce qu’ils veulent bien oublier et qui épouse leurs intérêts.

Pierre Dac a résumé (façon de parler) la difficulté rencontrée à employer sa mémoire à bon escient : ‘rien n'est plus agaçant que de ne pas se rappeler ce dont on ne parvient pas à se souvenir et rien n'est plus énervant que de se souvenir de ce qu'on voudrait parvenir à oublier’.  Vous suivez ?  En effet, oublier d’oublier n’est pas toujours facile mais ne pas oublier d’oublier l’est tout autant.  Une fois en paix avec sa mémoire, quelle chose admirable, ces souvenirs qui affluent quand ils veulent et que nous ne pouvons évoquer quand nous le voulons !

Charles Péguy m’a dit un jour que le vieillissement est essentiellement une opération de mémoire. Or c'est la mémoire qui fait toute la profondeur de l'homme.  Et la mort ne fait qu’intensifier le devoir de mémoire, sans lequel nous ne serions que de purs esprits éthérés, sans but, sans passé ni présent.

A bientôt, les Mortels !

14:02 Écrit par Damabiah dans Humour | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : damabiah, humour, memoire, souvenirs |  Facebook |

01/11/2008

803ème jour au Paradis...

Samedi…

politique_de_l_egoiste

Le Paradis est socialiste, tout le monde y soutient tout le monde, chaque ange est à l’écoute de son prochain (qui peut être son actuel ou son précédant).  Le Paradis est communiste, les Bienheureux y font tous cause commune contre les aléas et les vicissitudes de la vie des pauvres Mortels que nous ne sommes heureusement plus. Mais le Paradis est aussi républicain, laïque et démocratique.  Nous sommes faits pour partager, quoi que nous soyons partagés sur la question : une forme embryonnaire d’égoïsme a tendance à nous envahir quand à la notion de partage : je ne partagerais certainement pas ma Sarah avec mon voisin. Fût-il le plus éminent des Archanges !

L’égoïsme est une forme subtile de jalousie et le promoteur du sens de la propriété.  Physique, intellectuelle ou morale.  C’est aussi un trait de caractère propre aux primates évolués que nous sommes : sans l'appui de l'égoïsme, l'animal humain ne se serait jamais développé. L'égoïsme est la liane après laquelle les hommes se sont hissés hors des marais croupissants pour sortir de la jungle.  Aucune Unité Carbone ne peut affirmer ne pas avoir été égoïste au moins une fois dans sa vie.  Et encore, je vise large car je pense que l’égoïsme, c’est un Moi de 365 jours.

Un égoïste est un être dénué de respect pour l’égoïsme des autres.  Celui-ci peut, tout de même, prendre des formes délicieuses quand il est partagé : Madame de Staël a écrit que l’amour est un égoïsme à deux.  Mais c’est bien le seul cas où il porte à sourire, voire à s’attendrir.  En fait, il aspire à la solitude pour mieux dynamiter la cellule sociale.  L’égoïste est sûr de son bon droit, puisqu’il en sera le seul bénéficiaire.  Poison de l’amitié et fossoyeur des familles, l’égoïsme plait parce qu’il ne demande pas d’effort. 

L’égoïste passe son temps à se plaindre de l’égoïsme des autres, sans s’apercevoir du sien.  Aveugle, sourd et muet à autre chose qu’à lui, c’est l’handicapé social par excellence.  George Sand a dit qu’il n’y a pas de vrai bonheur dans l’égoïsme.  Il n’est pas l’amour de soi mais une passion désordonnée de soi.  La seule échappatoire reste une charité bien ordonnée qui commencera par un égoïsme muselé.  Quels sacrifices attendre, quels renoncements espérer dans la poursuite d'un bien commun, quand l'égoïsme est roi ?

L'égoïsme ne consiste pas à vivre comme on en a envie, mais à demander aux autres de vivre comme on a soi-même envie de vivre.  L’individualisme forcené de certains individus, outre l’égoïsme de base, peut prend d’autres formes, telles l’égotisme, attitude déplorable du ‘moi-je’ ou l’égocentrisme.  L’égocentrique a des critères de vie autrement plus complexes que ceux du tout-venant.  Son univers n’est composé que d’une seule planète autour de laquelle doivent graviter des satellites choisis avec soin.  Et les habitants de ces satellites ne seront jamais invités à poser un pied sacrilège sur le sol de la planète-mère.

Tout cela pour en venir au fait que le Paradis est loin d’être parfait, à l’image de ses habitants.  Tant qu’il restera une parcelle d’humanité dans nos cœurs d’Anges, l’égoïsme y aura sa place et la propriété privée restera d’actualité.  Dommage pour les idéalistes qui voyaient déjà en la Céleste Demeure la forme ultime du partage de soi…et des autres !

A bientôt, les Mortels !