27/12/2008

859ème jour au Paradis...

Samedi…

art_bequilles

C’est en observant discrètement et avec inquiétude mon plâtré d’Intercesseur terrestre que je me rends compte que l’adaptation mortelle à des membres inférieurs artificiels supplémentaires censés suppléer la perte temporaire d’un des organes de la locomotion ressemble à un parcours du combattant.  L’homme est aussi préparé à utiliser des béquilles que les Triades chinoises sont préparées à devenir des œuvres de charité.

L’Unité Carbone lambda est humble, devant la béquille.  Elle lui voue crainte et respect, sachant qu’elle sera le seul moyen (à part la chaise roulante) de retrouver une certaine forme d’autonomie.  Et l’humain qui prétendra appréhender facilement et rapidement l’emploi des anilles n’est qu’un gros menteur.  A voir mon Mortel protégé jouer les équilibristes pour ne pas se casser la figure, je me rends compte que l’attraction terrestre est un fait avéré et que la gravitation attire immanquablement tous les corps vers le sol.  A croire que le Grand Ordonnateur (loué soit son nom) n’a créé le macadam, les pavés et les ornières que pour éprouver les capacités acrobatiques des plâtrés de la jambe. Le plâtré moderne n’est plus simplement un banal malade : c’est un cascadeur de la rue.

Quand un plâtré se déplace, il doit faire preuve d’une attention de tous les instants.  Car si sa vue est surtout attirée par le sol et ses pièges minéraux, organiques ou autres, il doit garder un œil (si vous comptez bien, nous en sommes déjà à trois) sur ses congénères : bien souvent l’indifférence et l’incivisme sont leurs béquilles à eux, misanthropes qui s’ignorent.  Certains vous diront que c’est trop facile de s’appuyer sur les autres, ils reposeront alors sur un champ de béquilles.  L’égoïsme de ce 21ème siècle décadent est un véritable handicap pour les handicapés physiques.  Chaque éclopé loue sa béquille et chante ses mérites tout le long du jour.  Les praticiens conseillent aux infirmes de rester tranquillement chez eux, il n’y a pas de remède plus souverain.  Mais en cette époque d’activité intense, les béquilles sont plus qu’un simple soutien : elles sont une fenêtre vers une évasion...clopinante.

Je devine que les premiers temps d’un utilisateur de béquilles doivent éprouver les nerfs et le physique.  Surtout pour tout un chacun qui fait du sport confortablement avachi dans son fauteuil, devant la télé.  Au soir des premiers efforts, les plâtrés rêvent d’une béquille morale qui leur permettra de poursuivre leurs chemin de croix.  Mais le miracle se produit un jour : les béquilles deviennent le prolongement naturel des bras et les remplaçantes salutaires des membres malades.  Car contrairement aux bras cassés, les jambes ont besoin d’un support pour continuer à avancer.  Et de bras pour tenir ces mêmes supports. Chaque mouvement original, inusité et quelque fois oublié, devient alors un allié : des sautillements frénétiques aux cloche-pied de l’enfance. Et les béquilles deviennent aussi instrument pour l’ouverture et la fermeture des portes ou encore pour le déclenchement des interrupteurs.  Le paradis des éclopés, jongleurs de l’espace, devient le royaume de la débrouille.

Il parait que la réalité est une béquille pour ceux qui ne savent pas rêver.  Mais ceux qui rêvent de se passer de leurs béquilles doivent quand même s’en accommoder, les apprivoiser et en faires des alliées.  Finalement, marcher sur trois pattes n’est-ce pas mieux que de ne pas marcher du tout ?

A bientôt, Les Mortels !

16:07 Écrit par Damabiah dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : bequilles, platre, platre, handicap, damabiah, humour |  Facebook |

25/12/2008

857ème jour au Paradis...

Jeudi…

nativite_2008

C’est l’histoire d’un bon gars, sérieux et travailleur.  Sa nationalité importe peu et il se nomme Joseph.  D’habitude, il travaille dans le bâtiment mais la crise est là et il a été victime de la compression de personnel décidée par son entreprise.  Difficile de payer comme il se doit un charpentier spécialisé comme lui.  Le voilà donc réduit au chômage, jeune marié et futur papa : sa jeune épouse, Marie, est enceinte.  Joseph n’est pas le père de l’enfant, il le sait.  Mais il a tellement d’amour et d’indulgence à offrir qu’il a décidé, une bonne fois pour toute, que la petite vie qui grandit dans le ventre de son épouse sera son enfant à lui.  Et tant pis si elle a fauté avec une espèce de saint qui a de l’esprit. 

Joseph est un méditerranéen pur teint, il a des principes : à la maison, c’est l’homme qui gagne de quoi faire vivre sa petite famille et la femme fait tourner la boutique. Déroger à ce principe, c’est trahir son éducation.  Et comme l’argent mène le monde et pas la pitié, par défaut d’emploi, donc de revenu, son propriétaire met tout ce petit monde dehors.  Et à quelques jours de Noël, encore bien !  Joseph court les agences d’intérim mais rien à lui offrir : la conjoncture est mauvaise et les perspectives d’emploi sont moroses.  Cette fois-ci, il va devoir se fier à sa bonne étoile pour s’en sortir.

Comble de malchance, les services sociaux traquent ces asociaux sans travail et sans domicile fixe qui donnent une si mauvaise image de la prospérité économique de façade qu’affiche le pays.  Joseph et Marie sont dans le collimateur de ces enquêteurs.  Aucune autre solution que de fuir avec leurs maigres biens entassés dans la 2 CV branlante, pourrie et quadragénaire qui leur sert de véhicule.  Les voilà partis pour une destination inconnue, la peur au ventre, le ventre vide et le vide dans leur portefeuille.  Même à l’approche des Fêtes, la société ne fait pas de cadeaux.

Pour couronner le tout, leur carrosse de fortune rend définitivement l’âme par une froide nuit de décembre, en pleine campagne et sans la moindre habitation à l’horizon.  Joseph ne perd ni le nord, ni la foi.  C’est un gars débrouillard et il parvient à dénicher une cabane délabrée.  Il y pousse femme et véhicule et s’y installe du mieux qu’il le peut.  On pourrait craindre le pire mais quelque part, un ange veille sur eux.  Trois riches hommes d’affaire revenant, de concert, d’un très intéressant séminaire sur les excellentes perspectives d’avenir pour les riches biens nantis reçoivent chacun un SMS sur leur PDA, leur enjoignant de prendre leur Mercedes et de suivre une route tracée par le GPS de bord, route triangulée en se basant sur l’étoile du bouchon du véhicule. 

Un peu embêtés, car ayant les cadeaux de Noël de leurs enfants dans le coffre, ils n’écoutent que leur bon cœur et ils décident de prendre la route.  Pendant ce temps, Marie, en digne femme de son temps, a pris les choses en main et a décidé d’accoucher là, seule et sans assistance, dans cette cabane vétuste, sur un lit de paille très inconfortable.  Joseph, en père responsable, s’évanouit deux fois avant de reprendre ses sens et de l’aider du mieux qu’il peut.  Et le miracle de la vie s’opère une nouvelle fois : un petit bonhomme tout fripé et très en voix vient au jour.  Nous sommes le 25 décembre à minuit 01.

Les trois riches hommes d’affaire arrivent à ce moment et pour ne pas paraître ni idiots, ni pingres devant cet attendrissant spectacle, ils décident de se séparer des cadeaux de leurs enfants en les offrant au petit d’homme.  Leur progéniture en aura bien d’autres ! Ils allument quatre énormes cigares, trinquent en l’honneur de la jeune maman et ils disparaissent dans la nuit.  Joseph n’en revient pas mais il déclare abruptement qu’au lieu de lui offrir un cigare qui pue et du champagne qui pique, ils auraient pu lui donner de l’argent à défaut de lui offrir un emploi !  Décidément, les Mortels ne changeront jamais.  Et le petit Jésus, leur enfant, a du souci à se faire pour son avenir avec un père aussi exigeant.  Mais bon, on a les parents que l’on mérite.

Joyeux Noël tout de même et à bientôt, les Mortels !

11:14 Écrit par Damabiah dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : joseph, marie, jesus, crise, damabiah, humour, joyeux noel, noel |  Facebook |

24/12/2008

856ème jour au Paradis...

Mercredi…

joyeusetes_noel

Etranges créatures que les mortels humains : pétris de contradictions, ils n’en conservent pas moins le goût des traditions, quitte à porter de sérieux coups de canifs à leurs convictions les plus intimes.  En effet, combien de communistes n’ont-ils pas assisté dans le plus grand secret à des messes, alors même que le régime soviétique l’interdisait formellement ?  Combien de fanatiques des nourritures blanches n’ont-ils pas fait preuve de fantaisie en ajoutant des touches de vert à leur repas ?  Combien d’amateurs de bel canto et de rock’n’roll ne se sont-ils pas surpris à suivre avec un ravissement coupable le Concours Eurovision de la Chanson ?  Ainsi en va-t-il d’une tradition typiquement de saison : la distribution des cadeaux de Noël

En fait, tout dépend des individus qui offrent des présents de Nowel (comme l’appelle un gentil chérubin du nuage d’à-côté).  Certains offrent des gouvernements, c’est très tendance et furieusement d’actualité : cadeau empoisonné, car le papier d’emballage et la taille du paquet cachent parfois un vide intersidéral.  Et comme il n’y a aucune garantie ni ticket de caisse, impossible de s’en débarrasser.  Il vous faut l’accepter, quitte à l’abandonner dans un coin d’une penderie ou dans une malle fermée au grenier.  Quand on vous offre un gouvernement, Mortels, vérifiez toujours qui vous fait le cadeau.  Pour le lui jeter à la figure, le cas échéant.

Sur cette bonne vieille Terre, les Unités Carbones s’offrent aussi des scandales.  Ce n’est pas cher et cela peut rapporter gros.  Plus clinquants que des faillites et plus discrets que des magouilles, ces cadeaux réjouissent les nantis mais catastrophent les petits revenus.  Présents sans emballage, ce n’est jamais un cadeau que de les trouver sous le sapin.  Ils vous pètent à la figure et provoquent des dommages collatéraux aussi violents qu’inattendus.  Et quand la banque à qui vous avez emprunté de l’argent pour vos cadeaux de fin d’année emprunte votre argent pour rembourser les emprunts qu’elle a faits auprès d’autres banques, c’est à se demander si un gros bas de laine ne serait pas préférable à un petit compte en banque.

Et que dire de ces merveilleux cadeaux que sont la baisse du pouvoir d’achat et la récession économique ?  En voilà des bienfaits de la société de consommation qu’on se serait bien gardé d’accepter !  La Planète Bleue est en train de virer au vert du dollar américain et aux couleurs chatoyantes de l’euro.  Tout est argent et l’argent est tout.  Mais les enfants ne comprennent pas vraiment ces tourments d’adultes : les entreprises vantent leurs jouets et les magasins les poussent à pousser leurs parents à l’achat.  Et que dire de Noël lui-même ?  La sobre fête traditionnelle chrétienne est déjà bien loin, écrasée par le tout puissant Réveillon moderne et sa débauche alimentaire et pécuniaire.  Je suis mort de rire (private joke angélique) en voyant les télévisions terrestres et leurs reportages sur les humains conscients des sacrifices à faire.  Mais se priver pour les Fêtes de fin d’année ?  Ah ça, non, mon bon monsieur : les traditions sont les traditions.

Quelles traditions ?  Les premiers chrétiens fêtaient-ils Noël au foie gras, à la dinde ou au champagne ?  Mangeaient-ils des bûches glacées en regardant l’arbre de Noël qu’ils avaient amoureusement décoré ?  Tout cela n’est que commerce et lucre.  Même le Père Noël est devenu américain, habillé en rouge par la magie d’une boisson gazeuse toute-puissante.  Le plus cadeau que je puisse vous offrir pour ce Noël, c’est la paix et la fraternité.  Et encore… je parierai mon auréole que les dirigeants du monde vous priveront bien de ces cadeaux-là !

A bientôt, les Mortels !

13:21 Écrit par Damabiah dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : noel, cadeaux, presents, joyeux, damabiah, humour |  Facebook |

13/12/2008

845ème jour au Paradis...

Samedi…

platre

Un ange en plâtre, passe encore.  Q'un ange plâtre, à la rigueur, mais c'est limite. Mais un Ange dans le plâtre, c'est une première...  Eh oui, amis lecteurs, amies lectrices, je partage en une parfaite symbiose les heurts et malheurs de mon Intercesseur Terrestre, qui aura connu décidément une année 2008 catastrophique.

Le voilà bloqué durant six longues semaines avec un plâtre à la jambe, aussi lourd que ses ressentiments. Il peste contre la perte d'une grande partie de son autonomie et il se bat comme un beau diable (oups !) avec ses béquilles.  De plus, trouver une position confortable pour utiliser clavier et souris relève de l'exploit quotidien.  Bref, pour reposer le corps et l'esprit, il arrête provisoirement la retransmission de mes articles.

Ayez une pensée émue pour lui et je sais que l'envoi de pleins de messages d'encouragement lui feront grand plaisir car se profile déjà à l'horizon une délicate opération du tendon d'Achille qui le bloquera encore de longues, très longues semaines.  Il se donne le temps d'apprivoiser plâtre, béquilles et assise acrobatique avant de réouvrir le canal entre Terre et Paradis.

Mon cher Alexandre, tous les Bienheureux partagent ta douleur et nous te souhaitons un prompt retour aux affaires.  Le plus tôt sera le mieux...

A bientôt, les Mortels !

13:07 Écrit par Damabiah dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : platre, platre, bloque, repos, damabiah |  Facebook |

07/12/2008

839ème jour au Paradis...


Dimanche…

balade_propre

Au Paradis, tout est calme, luxe et volupté.  Les jours s’égrènent avec une désespérance que rien ne vient perturber.  Ordre, discipline et propreté paradisiaques se marient mal avec cette poussière de fantaisie qui dynamise les écosystèmes sclérosés.  Amener le progrès scientifique et secouer les mentalités ne suffisent pas à provoquer un délicieux capharnaüm dans la stricte disposition de notre environnement angélique.

Ici, les nuages sont tirés au cordeau, les jardins ont cette ordonnance ‘à la française’ qui caractérise les parterres nets et bien entretenus.  La nature a été domestiquée et elle ne connait que la tyrannie du râteau, de la bêche et de la binette.  Le blanc domine et la Mère Denis se sent ici comme chez elle.  Si la propreté physique conduit à la pureté morale, nous sommes assurément les Monsieur Propre de l’Univers connu.  J’avoue qu’il est parfois lassant d’être entouré d’immaculées conceptions du genre humain mais la blancheur a droit de cité.  Propre je suis entré, propre je demeurerai.

L’hygiène devrait être le cadet de nos soucis, nos corps ignorant jusqu’à la notion de tache, mais il  y a cet atavisme, ces petits gestes conditionnés par une existence entière de vie sur Terre.  Nous sommes dotés de douches soniques et de bains de brumes, censés nous débarrasser de toutes ces impuretés fantômes que notre subconscient cherche à tout prix à créer.  En y réfléchissant bien, je n’ai pas encore vu le moindre Bienheureux se laver.  Et pourtant, les établissements de bain, les saunas et autres hammams poussent comme des champignons au pays des Anges.

A une époque de matérialisme outré, de bêtise pontifiante et de diarrhée verbale, nous devrions nous contenter de prendre une sorte de bain de propreté, de pureté en lisant simplement un beau poème ou un roman exaltant.  Cependant, notre nature mortelle veut prendre le dessus et s’élever au-dessus de la crasse mais la meilleure des douches ne vous lave pas de toutes vos humeurs.  C’est à croire que certains voudraient que le Paradis fleure bon le savon, le détergeant, le désinfectant et l’encaustique.  Ceux qui prônent en ces lieux la propreté devraient commencer par préparer des serviettes.  Mais n’exagérons pas, par pitié : débarbouillons notre passé, d’accord, mais ne lessivons pas notre présent ni notre avenir !

Je crois comprendre ce désir de grand nettoyage céleste : le chagrin aiguise les sens ; il semble que tout se grave mieux dans les regards, après que les pleurs ont lavé les traces fanées des souvenirs.  Pourtant, autant qu’un désordre sympathique, un soupçon de poussière donnerait du cachet au Paradis.  Je n’encourage ni les toiles d’araignées (encore faudrait-il trouver trace d’une vie animale dans la Céleste Demeure) ni la saleté ; je vote pour le développement d’une excentricité originale, propre aux Anges.  Quitte à barbouiller un tantinet leur image.

Il a été autrefois clairement établi par des évêques, des popes ou des imams que le Paradis devait être le domaine de la propreté et de la pureté corporelle et spirituelle.  Image d’Epinal, encore une fois, mais le Grand Ordonnateur (loué soit son nom) a conservé cet aspect ‘grande lessive’ qui accompagne la vie après la mort.  Qu’on ne s’y trompe pas : un bon nettoyage peut laver beaucoup de choses mais pas une mauvaise langue.

A bientôt, les Mortels !

13:01 Écrit par Damabiah dans Humour | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : proprete, ordre, paradis, anges, damabiah, humour |  Facebook |

06/12/2008

838ème jour au Paradis...

Samedi…

souris_blues

J’ai toujours entretenu avec mon matériel informatique une relation amour-haine partagée par des millions d’autres utilisateurs, autant au Paradis que sur la Terre.  En effet, dès que vous devenez un modeste spécialiste dans l’univers cybernétique et électronique, dès que le virus (dangereusement contagieux) de la technologie vous envahit, vous vous entourez des périphériques les plus performants et les plus à même de résister à l’usure du temps.  Douce utopie…

Ma souris tremble nerveusement sous ma main depuis qu’elle a commencé à donner des signes alarmants de sénilité précoce : double cliques aléatoires, tendance à l’usure prématurée et mouvements erratiques.  Elle a compris que ses jours de périphérique sont comptés.  Pourtant, elle n’a que quelques mois et elle était le summum de la technologie sans fil de l’époque.  Elle surclassait dédaigneusement ses sœurs, mères et grands-mères filaires et elle avait passé haut la main toute une batterie de tests impitoyables.  Oui mais voilà : dans l’univers sans pitié de l’informatique, ce qui dure lasse et les nouvelles générations se bousculent pour remplacer les précédentes, aussi neuves et innovantes qu’elles soient ou aient été.

Je ne supporte plus les caprices de ma souris, son vieillissement prématuré et sa voracité alarmante en matière de piles rechargeables.  Le sympathique embonpoint de son design a cédé la place à une inadmissible surcharge pondérale de consommation.  Malheureusement pour elle, ses héritières sont plus précises, plus jolies et plus efficace.  Et elles font preuve d’une sobriété qui confine à l’ascèse.  Mon mulot a le blues et se demande déjà ou il finira ses jours.  Comme rien n’est plus important pour moi que l’efficacité, sa mise à la retraite est d’actualité mais son avenir est bien la dernière de mes préoccupations.

Déjà d’autres périphériques frissonnent et s’inquiètent.  Mon imprimante couleurs fait grise mine, mon scanner peaufine son curriculum vitae et mes haut-parleurs donnent le meilleur d’eux-mêmes, on ne sait jamais…  D’autres pièces sont pensionnées et remplacées : bonjour le clavier rétro-éclairé, salut le PC bodybuildé.  Je ne recherche pas nécessairement le matériel dernier-cri mais depuis quelques temps, je deviens difficile et je trie mes périphériques sur le volet.  Bien qu’ils se bousculent pour se montrer sous leur meilleur jour, mes choix sont très sélectifs et mon tri est impitoyable.  Etre beau, sophistiqué ou économique ne suffit pas : il faudra être ergonomique et pratique pour emporter mon adhésion. 

Il est symptomatique de constater que rien n’est éternel au Paradis, quand on n’est pas humain !  Et encore : nous bénéficions de la gratuité divine sur tout matériel acquis !  Il en va tout autrement chez nos frères et sœurs mortels : dans leur cas précis, il faudra payer le prix fort pour réactualiser le parc informatique personnel.  La mise à niveau de leur équipement est surtout question de gros sous et beaucoup d’humains préfèrent garder un matériel obsolète, donc susceptible de rendre l’âme à tout moment, que de mettre la main au portefeuille, quitte à râler sur des périphériques cacochymes et antédiluviens qu’ils entretiennent du mieux qu’ils peuvent.  Parfois à coup de bidouillages amateurs.

L’informatique est décidément un domaine bien complexe où la vérité du jour n’est pas nécessairement celle du lendemain.

A bientôt, les Mortels !