21/09/2008

762ème jour au Paradis...

Dimanche…

 

les moules_frites

 

Un vent de panique a soufflé cet été sur la discrète et savoureuse famille des mytiloïdes.  La petite dernière du clan, non contente d’être la plus chétive et la plus petite de la smala, s’est également révélée être porteuse de virus.  Catastrophe chez les équivalves, aux adducteurs généreusement vestigiaux et à la forme flabelliforme, car après des siècles d’efforts, des générations de leurs membres étaient parvenues à se faire aimer des Humains, êtres dédaigneusement supérieurs et fort délicats.  Les événements récents tendaient ainsi à prouver que c’est vraiment dur d’être…une moule.

C’est qu’elle avait tout pour plaire, la benjamine de la famille : belge (c’est très tendance), petite, bien en chair et savoureuse.  Rien à voir avec les bodybuildées espagnoles, grandes, ayant une propension marquée à l’obésité carniforme.  Une petite originale sympathique qui ne demandait qu’à se marier avec des frites, en plongeant dans un bouillon de légumes ou en se badigeonnant de crème fraîche.  Las !  Il a fallu qu’elle fasse ses maladies de jeunesse au plus mauvais moment de l’année, quand l’appétit mortel est à son zénith.

Il est de la moule pas fraîche comme du romantisme fiévreux : quand on abuse, ça fait mal au cœur.  Mais quand notre mollusque se présente dans sa plus belle robe brillante, la coquille sensuellement entrouverte, en montrant juste ce qu’il faut de chair pour tenter le gastronome, le gourmet exigeant est en droit d’attendre un festival d’explosions exquises dans la bouche.  Et pas par d’autres conduits anatomiques naturels !  Malheureusement, la mytiliculture n’est pas une science exacte et ce genre de malheur peut arriver.  Encore faut-il y trouver une parade.

Déjà que la Belgique est politiquement mal en point, voilà que sa dernière ambassadrice de charme semblait vouloir ruiner une bonne fois pour toute son image de marque.  Bien entendu, c’est les grandes sœurs bataves qui rigolaient doucement dans leur coquille, en observant les heurs et malheurs de leur petite sœur belge.  Sur le marché du bivalve de consommation courante, pas de pitié : la concurrence est terrible et tous les coups sont permis.  Si le bonheur, c’est un plat de frites supplémentaire, le chagrin, c’est un plat de moules immangeables.

Mais depuis qu’un collège d’experts et de scientifiques se sont penchés sur ses petits ennuis et qu’ils ont résolu le problème, elle a déjà redressé l’exosquelette et elle est repartie au combat, guérie, saine et prête à en découdre.  Elle prend ses malheurs avec le sourire car elle sait que l’humour avale les hommes comme les hommes avalent les moules : avec gourmandise.  Et accompagnée de frites généreuses et croustillantes, elle peut désormais mettre les railleurs de son côté.   

Car, en vérité, je vous le dis : ce ne sont pas les frites qui font grossir, ni les moules, mais la bière qu’on boit avec.  Et tant qu’il restera un amateur pour saliver devant une casserole de moules, Miss Mollusque Bivalve 2008 gardera la cote (belge, cela va sans dire !).  Je sais que les uns l’adorent et que les autres l’exècrent mais finalement, si l’extase, ce n’était rien d’autre qu’une casserole de moules-frites ?

A bientôt, les Mortels !